{"id":11951,"date":"2023-09-09T16:40:07","date_gmt":"2023-09-09T20:40:07","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/?p=11951"},"modified":"2023-09-09T16:40:07","modified_gmt":"2023-09-09T20:40:07","slug":"victor-dansaert-une-ombre-discrete-presences-de-nietzsche-chez-adorno","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/victor-dansaert-une-ombre-discrete-presences-de-nietzsche-chez-adorno\/","title":{"rendered":"Victor Dansaert | Une \u00ab ombre \u00bb discr\u00e8te : pr\u00e9sences de Nietzsche  chez Adorno"},"content":{"rendered":"<h2>De Victor Dansaert<\/h2>\n<h1 style=\"font-weight: 400;\">Introduction<\/h1>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0Mon intention, ne vous m\u00e9prenez pas sur ce point, je vous prie, n\u2019est pas le moins du monde de m\u2019acharner sur Nietzsche, qui, si je dois \u00eatre sinc\u00e8re, est celui des \u2018\u2019grands\u2019\u2019 philosophes auquel je dois le plus \u2013 peut-\u00eatre davantage qu\u2019\u00e0 Hegel, en r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. <a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cet aveu issu de la derni\u00e8re des conf\u00e9rences sur les <em>Probl\u00e8mes de philosophie morale, <\/em>donn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1963, est source de surprise et d\u2019interrogation. Il est ind\u00e9niable que l\u2019\u0153uvre d\u2019Adorno porte la marque de Nietzsche, dont elle discute la pens\u00e9e constamment, des premiers \u00e9crits sur la musique \u00e0 la <em>Dialectique n\u00e9gative <\/em>et \u00e0 la <em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique<\/em>. Pour autant, cette \u0153uvre semble bien davantage devoir \u00e0 Kant et \u00e0 Hegel, dont elle reprend constamment le langage et la m\u00e9thode, qu\u2019\u00e0 Nietzsche lui-m\u00eame, qui fait souvent office de figure de second plan. Une analyse statistique de l\u2019index de la <em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique<\/em>, l\u2019un des derniers textes d\u2019Adorno, fait appara\u00eetre ce point\u00a0:\u00a0 il est le quatri\u00e8me philosophe le plus cit\u00e9, mais loin derri\u00e8re Hegel, Kant et Benjamin. Dans les <em>Probl\u00e8mes de la philosophie morale<\/em>, il n\u2019est discut\u00e9 que dans la premi\u00e8re et la derni\u00e8re conf\u00e9rence, dont est issue notre citation\u00a0: celle-ci pr\u00e9c\u00e8de par ailleurs une critique de sa th\u00e9orie de la moralit\u00e9. Si influence il y a, celle-ci ne se fait pas voir distinctement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le pr\u00e9sent travail tente d\u2019\u00e9tablir comment se con\u00e7oit \u00ab\u00a0l\u2019ombre\u00a0de Nietzsche\u00a0\u00bb qu\u2019Adorno reconna\u00eet comme si importante dans son travail, d\u2019en comprendre les dimensions et les enjeux en m\u00eame temps que d\u2019interroger son importante. S\u2019agit-il seulement d\u2019un apport th\u00e9matique, dans la mesure o\u00f9 Nietzsche offrirait des ressources pour l\u2019analyse de la culture que ni la th\u00e9orie marxiste, ni la sociologie, ni la psychanalyse ne pouvaient apporter \u00e0 la Th\u00e9orie Critique\u00a0? Ou l\u2019influence de Nietzsche se joue-t-elle \u00e0 un niveau plus radical, dans la m\u00e9thodologie m\u00eame que doit adopter la th\u00e9orie critique telle que la d\u00e9finit Adorno et telle qu\u2019il la pratique dans la <em>Dialectique n\u00e9gative\u00a0<\/em>? On cherchera ici \u00e0 aborder ces deux facettes de l\u2019influence nietzsch\u00e9enne, en questionnant son importance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Du premier point de vue, on aurait l\u00e0, simplement, une forme de syncr\u00e9tisme de contenu, o\u00f9 les lectures des classiques de la philosophie seraient compl\u00e9t\u00e9es par celles d\u2019un philosophe en vogue \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la formation intellectuelle d\u2019Adorno. Or ce syncr\u00e9tisme est probl\u00e9matique, pour deux raisons\u00a0: la premi\u00e8re tient \u00e0 l\u2019opposition que Nietzsche pr\u00e9sente \u00e0 Kant et Hegel, leur rapprochement n\u00e9cessitant donc de d\u00e9samorcer une part du projet nietzsch\u00e9en. La seconde tourne autour du probl\u00e8me de l\u2019irrationalisme nietzsch\u00e9en et de ses rapprochements avec le nazisme, probl\u00e8me abord\u00e9 notamment par Georg Lukacs dans un chapitre de la <em>Destruction de la raison <\/em>de 1954. Ces questions formeront le c\u0153ur de la premi\u00e8re partie, qui s\u2019attellera \u00e0 \u00e9tudier les apports de Nietzsche pour les questions d\u2019esth\u00e9tique, de morale et pour l\u2019histoire de la raison.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">A partir des conclusions de ce premier moment, la seconde partie interrogera l\u2019apport m\u00e9thodologique de Nietzsche pour le projet philosophique d\u2019Adorno. Cet apport doit \u00eatre questionn\u00e9 en lien avec les autres sources adorniennes, principalement Hegel. La probl\u00e9matique centrale sera de savoir comment, dans l\u2019\u00e9laboration de la <em>Dialectique n\u00e9gative<\/em>, ces deux pens\u00e9es sont combin\u00e9es, se recouvrent et se modifient, et quelle fid\u00e9lit\u00e9 Adorno pr\u00e9sente alors \u00e0 la d\u00e9marche nietzsch\u00e9enne. En somme, Adorno peut-il \u00eatre appel\u00e9 \u00ab\u00a0nietzsch\u00e9en\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0h\u00e9g\u00e9lianise\u00a0\u00bb-t-il simplement Nietzsche pour corriger la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne\u00a0? Cette partie \u00e9tudiera aussi la question de l\u2019utilisation du fragment dans les <em>Minima Moralia<\/em>, dont on peut faire une \u00ab\u00a0dette\u00a0\u00bb de Nietzsche.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400;\">Nietzsche, th\u00e9oricien critique\u00a0?<\/h1>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">Nietzsche et la dialectique de la raison<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Afin d\u2019aborder la question des apports de Nietzsche \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019Adorno, il faut se pencher sur la fa\u00e7on dont il est invoqu\u00e9 au cours de la <em>Dialectique de la raison<\/em>, co\u00e9crite avec Max Horkheimer en 1944. Il intervient en effet au cours de la premi\u00e8re digression, nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Ulysse, ou Mythe et Raison\u00a0\u00bb, qui porte sur l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u0153uvre hom\u00e9rique. Dans le chapitre qui pr\u00e9c\u00e8de, les deux auteurs ont analys\u00e9 l\u2019\u00e9pisode du chant des Sir\u00e8nes comme une pr\u00e9figuration de la dialectique de la raison\u00a0: le ma\u00eetre qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus du travail, l\u2019imposant par la domination aux esclaves (Ulysse se distinguant des rameurs), r\u00e9gresse \u00e0 mesure que son pouvoir s\u2019accroit, car il se d\u00e9tache de l\u2019existence. Le progr\u00e8s rationnel m\u00e8ne ainsi \u00e0 une rationalisation technique d\u2019une domination elle-m\u00eame irrationnelle, et la persistance de cette domination soutenue par le progr\u00e8s technique affaiblit le progr\u00e8s rationnel en en privant les domin\u00e9s et en faisant r\u00e9gresser les dominants. Or Nietzsche appara\u00eet, au sein des d\u00e9bats sur la place du rationnel et de l\u2019esprit bourgeois dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Hom\u00e8re,\u00a0 comme \u00ab\u00a0l\u2019un des rares philosophes apr\u00e8s Hegel qui reconnut la dialectique de la Raison\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0: Nietzsche appara\u00eet ici comme celui qui saisit les relations entre le pouvoir et le savoir, entre la domination et le progr\u00e8s. Cela ne va cependant pas sans une ambigu\u00eft\u00e9, celle de\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0[discerner en la raison\u2026] le mouvement universel de l\u2019esprit souverain \u2013 qu\u2019il se sentait lui-m\u00eame appel\u00e9 \u00e0 parfaire \u2013 et une force \u2018\u2019nihiliste\u2019\u2019 hostile \u00e0 la vie\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Adorno et Horkheimer reconnaissent \u00e0 Nietzsche une antipathie \u00e0 la raison et un vitalisme qu\u2019ils voient exacerb\u00e9 par les nazis. Mais le d\u00e9but de la phrase est particuli\u00e8rement surprenant, puisqu\u2019on y voit Nietzsche lu en termes h\u00e9g\u00e9liens, comme un penseur capable de saisir le mouvement de l\u2019histoire et s\u2019int\u00e9grant lui-m\u00eame dans le progr\u00e8s de la raison. Si cette interpr\u00e9tation a sans nul doute comme objectif d\u2019effectuer une apolog\u00e9tique de Nietzsche qui le sauve de sa r\u00e9interpr\u00e9tation fasciste, et qui le pr\u00e9serve donc des attaques que lui porteront Lukacs ou Habermas<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, l\u2019efficacit\u00e9 de ce d\u00e9placement est n\u00e9anmoins questionnable\u00a0et interroge ce que peut \u00eatre l\u2019influence nietzsch\u00e9enne chez Adorno. On peut notamment se demander si Adorno et Horkheimer ne cr\u00e9ent pas d\u2019eux-m\u00eames l\u2019ambivalence qu\u2019ils trouvent dans le discours nietzsch\u00e9en, \u00e0 ne pas reconna\u00eetre que celui-ci, par son caract\u00e8re ironique et destructeur, refuse de s\u2019int\u00e9grer de lui-m\u00eame au cercle de la raison ou \u00e0 toute id\u00e9e d\u2019universel\u00a0? La lecture de Nietzsche passe ainsi, d\u00e8s la <em>Dialectique de la raison<\/em>, par une transformation de la radicalit\u00e9 de ses th\u00e8ses comme de son acte au regard d\u2019une vision h\u00e9g\u00e9lienne de la philosophie et de son histoire.<\/p>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">Les apports ambigus de Nietzsche en esth\u00e9tique et la philosophie morale<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La pr\u00e9sence de Nietzsche dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Adorno est marqu\u00e9e, sur le mod\u00e8le de ce que l\u2019on a \u00e9tudi\u00e9 dans la <em>Dialectique de la raison<\/em>, par la pr\u00e9sentation de ses ambigu\u00eft\u00e9s et de ses manquements. Cela est particuli\u00e8rement marquant dans deux domaines, celui de l\u2019esth\u00e9tique et de la philosophie morale.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans le domaine esth\u00e9tique, les apports de Nietzsche se font principalement voir sur deux plans\u00a0: la question de la dialectique entre jeu et contrainte et la question de la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre d\u2019art. Le premier sujet est abord\u00e9 d\u00e8s l\u2019essai sur Schoenberg de la <em>Philosophie de la nouvelle musique\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0<i>M\u00eame Nietzsche, dans une annotation occasionnelle, a vu l\u2019essence de la grande \u0153uvre d\u2019art en ce qu\u2019elle peut \u00eatre dans tous ses aspects aussi autre qu\u2019elle n\u2019est. <\/i><i>\u00a0<\/i><i>Que la libert\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 l\u2019\u0153uvre d\u2019art suppose la validit\u00e9 obligatoire des conventions. <\/i><i>L\u00e0 seulement o\u00f9 celles-ci,\u00a0 a priori et hors de contestation, garantissent la totalit\u00e9, tout pourrait en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre diff\u00e9rent, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que rien ne serait diff\u00e9rent. [\u2026] Nietzsche a donn\u00e9 son assentiment aux conventions esth\u00e9tiques, et son ultima ratio fut le jeu ironique avec des formes dont la substantialit\u00e9 s\u2019est atrophi\u00e9e<\/i><i>\u00a0<\/i><i>\u00bb.<\/i><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nietzsche appara\u00eet dans ces phrases comme celui qui reconna\u00eet dans les conventions de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, dans sa logique, le simple jeu, et qui donne ainsi le ton \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation moderne. Si cette analyse est encore pr\u00e9sente dans la <em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique<\/em>, elle est cependant fortement modul\u00e9e\u00a0: la conception des conventions comme relevant du pur jeu est due \u00e0 une mauvaise interpr\u00e9tation qui m\u00e9connait la \u00ab\u00a0contrainte historique s\u00e9diment\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. L\u2019intuition de Nietzsche est ici rendue ambivalente par son anhistoricit\u00e9, et il est caract\u00e9ristique que ce soit cette anhistoricit\u00e9 qui m\u00e8ne \u00e0 sa reprise par \u00ab\u00a0la r\u00e9action esth\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un traitement similaire se fait jour pour les questions de philosophie morale\u00a0: si la conf\u00e9rence des <em>Probl\u00e8mes de philosophie morale <\/em>reconna\u00eet l\u2019intelligence de la critique op\u00e9r\u00e9e par Nietzsche envers les valeurs, elle lui reproche cependant de s\u2019\u00eatre enferm\u00e9 dans \u00ab\u00a0une n\u00e9gation abstraite de la morale bourgeoise\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire dans une n\u00e9gation qui, ne pouvant envisager l\u2019origine historique des valeurs qu\u2019elle critiquait, ne peut jamais \u00e9laborer la notion d\u2019une vie juste et est incapable d\u2019envisager la mani\u00e8re dont ses propres valeurs pourraient prendre racine dans la soci\u00e9t\u00e9. La critique des th\u00e8ses de la <em>G\u00e9n\u00e9alogie de la morale <\/em>est encore plus parlante\u00a0: restant \u00ab\u00a0envo\u00fbt\u00e9 par la situation sociale existante\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire incapable de concevoir la soci\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9ellement historique, Nietzsche ne voit pas que la morale des esclaves leur a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par les dominants.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Toutefois, on voit clairement plusieurs apports de Nietzsche dans la critique adornienne\u00a0: le premier permet de rompre avec les th\u00e9ories traditionnelles du progr\u00e8s moral et de la libert\u00e9, notamment celles issues de la philosophie kantienne, en soulignant par exemple la pr\u00e9sence de la violence dans les syst\u00e8mes moraux existants et le caract\u00e8re artificiel de la piti\u00e9. Nietzsche op\u00e8re de ce point de vue une d\u00e9marche d\u00e9mystificatrice essentielle, bien que toujours n\u00e9gative, dont l\u2019int\u00e9r\u00eat doit se comprendre en regard des apports d\u2019autres philosophes mobilis\u00e9s par Adorno. La question du rapport \u00e0 la th\u00e9orie marxiste est r\u00e9v\u00e9latrice\u00a0: dans les <em>Probl\u00e8mes de la philosophie morale<\/em>, il souligne la profondeur de l\u2019analyse \u00ab\u00a0du m\u00e9canisme de l\u2019analyse du mensonge et des id\u00e9ologies\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, par rapport \u00e0 l\u2019analyse marxiste, qui s\u2019en tient \u00e0 une pure d\u00e9nonciation des id\u00e9ologies.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nietzsche offre ainsi une perspective qui, sans primer sur la th\u00e9orie marxiste, doit la compl\u00e9ter, dans le sens d\u2019une \u00e9tude des ramifications culturelles et psychologiques des id\u00e9ologies et \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par elle, par une attention plus pr\u00e9cise \u00e0 l\u2019histoire et aux d\u00e9terminations \u00e9conomiques, politiques et sociales. Mais ces apports th\u00e9oriques n\u2019expliqueraient pas la dette reconnue dans les <em>Probl\u00e8mes de la philosophie morale\u00a0<\/em>: il faut donc se tourner vers les questions m\u00e9thodiques pour l\u2019expliquer.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400;\">La pr\u00e9sence de la m\u00e9thode nietzsch\u00e9enne<\/h1>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">Convergences de m\u00e9thode dans l\u2019analyse de la morale<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cependant, cette lecture de Nietzsche, utilis\u00e9e pour prolonger et de modifier la th\u00e9orie marxiste au niveau individuel, r\u00e9v\u00e8le une co\u00efncidence bien plus importante entre Adorno et lui. Christoph Menke a mis en avant la fa\u00e7on dont le projet adornien vis-\u00e0-vis de la morale vise, comme celui de Nietzsche, \u00e0 montrer ce que celle-ci fait aux individus.<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> Chez l\u2019un, comme chez l\u2019autre, cela passe par l\u2019\u00e9laboration d\u2019une normativit\u00e9 \u00e9thique \u00e0 partir de laquelle juger les injonctions morales et la soci\u00e9t\u00e9 ou la culture qui fait \u00e9merger celles-ci\u00a0: Adorno reprend d\u00e8s lors \u00e0 Nietzsche non-seulement les impulsions de sa critique, mais aussi une partie de sa m\u00e9thode. Cependant, comme le remarque Menke, une divergence profonde existe entre les deux conceptions de ce projet\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 l\u2019approche nietzsch\u00e9enne vise \u00e0 sortir du cercle de la moralit\u00e9, de se situer \u00ab\u00a0par-del\u00e0 bien et mal\u00a0\u00bb, Adorno con\u00e7oit son d\u00e9passement de la moralit\u00e9 comme un moment de la dialectique de celle-ci, un moment n\u00e9gatif qui m\u00e8nerait \u00e0 sa restauration. Le c\u0153ur de ce d\u00e9saccord se situe, selon Menke<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, au sein de l\u2019analyse du \u00ab\u00a0sentiment d\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 Nietzsche l\u2019identifie comme une abstraction issue du \u00ab\u00a0ressentiment\u00a0\u00bb, et par cons\u00e9quent comme une des s\u00e9dimentations primitives de ce qui forme la morale, Adorno le consid\u00e8re comme un instinct primaire, une r\u00e9action animale \u00e0 la souffrance d\u2019autrui o\u00f9 \u00ab\u00a0la conscience [r\u00e9agit] spontan\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 elle reconna\u00eet le mal sans se contenter de cette reconnaissance\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. La conscience de la souffrance d\u2019autrui comme de la sienne propre est le fondement de l\u2019\u00e9thique, qui s\u2019oppose \u00e0 la moralit\u00e9 \u00e9tablie quand celle-ci la contredit, comme c\u2019est le cas dans le cas de la peine de mort. La lecture de Nietzsche en est donc transform\u00e9e, puisque la moralit\u00e9 et l\u2019instinct primaire ne sont plus oppos\u00e9es strictement, mais dialectiquement. Le d\u00e9calage de m\u00e9thode appara\u00eet ainsi comme primordial\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 la g\u00e9n\u00e9alogie se place en dehors de la moralit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9construit, la critique adornienne accepte de se placer en son sein et d\u2019en \u00e9tablir la dialectique, afin \u00e9galement d\u2019en trouver le d\u00e9passement, d\u00e9passement qui sera aussi sa r\u00e9alisation, puisqu\u2019il consiste en l\u2019\u00e9tablissement de la forme morale et sociale en accord avec l\u2019instinct \u00e9thique primaire, qui lui permet de se d\u00e9velopper.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il semble ainsi bien y avoir, au-del\u00e0 des simples co\u00efncidences th\u00e9matiques, une influence profonde de Nietzsche dans la d\u00e9marche m\u00eame d\u2019Adorno, qui lui reprend sa m\u00e9thode et son objet\u00a0: l\u2019analyse des effets des normes sociales, culturelles et morales sur l\u2019individu. Mais cette reprise de Nietzsche est aussit\u00f4t transform\u00e9e en profondeur. Le renversement se fait dans des termes h\u00e9g\u00e9liens, autour de l\u2019analyse dialectique des concepts, mais aussi selon un tour nietzsch\u00e9en\u00a0: Nietzsche est victime de ses propres illusions, en ayant \u00e9t\u00e9 incapable de voir le v\u00e9ritable instinct primaire, celui de la solidarit\u00e9, et d\u2019avoir pris comme fondamentaux la cruaut\u00e9 et le ressentiment qui n\u2019\u00e9mergent qu\u2019au sein d\u2019une forme sociale donn\u00e9e. Une question se pose d\u00e8s lors sur la pr\u00e9valence de la m\u00e9thode nietzsch\u00e9enne dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Adorno\u00a0: est-elle centrale, celle autour de laquelle tout se b\u00e2tit, comme cela semble \u00eatre le cas dans cet extrait, ou s\u2019ins\u00e8re-t-elle comme un moment d\u2019une autre d\u00e9marche\u00a0?<\/p>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">Entre h\u00e9g\u00e9lianisme et nietzsch\u00e9anisme<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette question porte \u00e0 la nature r\u00e9elle de la dette qu\u2019Adorno reconna\u00eet envers Nietzsche et est centrale dans l\u2019\u00e9laboration de sa d\u00e9marche \u00e0 partir des ann\u00e9es 50. L\u2019ombre de Nietzsche, on l\u2019a vu, plane au-dessus de l\u2019approche de la moralit\u00e9, de la raison et de la libert\u00e9, et sa m\u00e9thode se retrouve dans la <em>Dialectique n\u00e9gative<\/em>, mais aussi dans les <em>Minima Moralia<\/em>, o\u00f9 la r\u00e9flexion sur les liens entre moralit\u00e9, soci\u00e9t\u00e9, individu et \u00e9thique est pr\u00e9sent\u00e9e sur le mode du fragment. Dans ces diff\u00e9rentes \u0153uvres, l\u2019influence de Nietzsche compose avec celle d\u2019Hegel\u00a0: il s\u2019agit donc de savoir de quelle d\u00e9marche Adorno se revendique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019utilisation des aphorismes comme forme dans les <em>Minima Moralia<\/em> nous fait pencher vers une influence plus nietzsch\u00e9enne qu\u2019h\u00e9g\u00e9lienne, dans la mesure o\u00f9 les aphorismes ont, comme chez Nietzsche, le sens de r\u00e9pondre \u00e0 la fragmentation des savoirs et de l\u2019exp\u00e9rience. Les pratiques de l\u2019aphorisme chez les deux philosophes, inspir\u00e9s par les moralistes fran\u00e7ais mais aussi par des \u00e9crivains comme Karl Kraus, sont tr\u00e8s similaires\u00a0et ne rel\u00e8vent pas tout \u00e0 fait d\u2019une pratique \u00ab\u00a0fragmentaire\u00a0\u00bb, comme le d\u00e9fend par exemple Thomas Franck<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0: au contraire,\u00a0 ils utilisent tous deux une \u00ab\u00a0esth\u00e9tique de forme close\u00a0\u00bb, selon l\u2019expression utilis\u00e9e par Fredric Jameson dans l\u2019ouvrage qu\u2019il consacre \u00e0 Adorno<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire une esth\u00e9tique qui joue sur la discontinuit\u00e9 entre deux \u00e9l\u00e9ments clos et sur leur configuration.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cependant, comme le remarque Thomas Franck, Nietzsche intervient en rapport avec Hegel, dans l\u2019\u00e9laboration des extr\u00eames de la dialectique\u00a0: Nietzsche comme Hegel servent \u00e0 critiquer Kant, et chacun est utilis\u00e9 pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fauts de l\u2019autre. Nietzsche pr\u00e9sente un extr\u00eame n\u00e9gatif de la dialectique, tandis qu\u2019Hegel en repr\u00e9sente un extr\u00eame trop positif, encha\u00een\u00e9 \u00e0 l\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 de la chose et du concept. La recherche d\u2019une dialectique qui ne conduise pas au r\u00e9tablissement pur et simple de cette identit\u00e9 n\u00e9cessite l\u2019apport critique, destructeur de Nietzsche. Cela est intensifi\u00e9 par une convergence des contextes: les deux projets, celui d\u2019Adorno et celui de Nietzsche, cherchent \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une crise ressentie de la civilisation et de la raison, d\u2019une intensification dangereuse et destructrice de la dialectique. Pour Adorno, cette crise montre les insuffisances des th\u00e9ories kantiennes et h\u00e9g\u00e9liennes, et l\u2019appel \u00e0 Nietzsche, au-del\u00e0 des disparit\u00e9s historiques entre les deux contextes, se fait ressentir comme une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nietzsche est ainsi lu comme un dialecticien imparfait, qui n\u2019aurait pas atteint le point du d\u00e9passement mais aurait tent\u00e9 de quitter le cercle, en s\u2019y retrouvant emprisonn\u00e9. Cette lecture pose probl\u00e8me\u00a0: comme le souligne Mich\u00e8le Cohen-Halimi, il y a l\u00e0 une rencontre manqu\u00e9e qui ne prend pas en compte le caract\u00e8re non pas ind\u00e9termin\u00e9 mais volontairement non-d\u00e9termin\u00e9 de la d\u00e9marche nietzsch\u00e9enne, refusant de se poser hors de la contradiction<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. En ce sens, Mich\u00e8le Cohen-Halimi a raison d\u2019affirmer qu\u2019Adorno reste h\u00e9g\u00e9lien avant tout, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est d\u2019abord l\u2019exigence h\u00e9g\u00e9lienne d\u2019un d\u00e9passement de la contradiction qui prime sur la volont\u00e9 nietzsch\u00e9enne de ne jamais en finir avec la contradiction. La lecture de Nietzsche par Adorno, sa dette envers lui rel\u00e8verait donc d\u2019une lecture partielle et orient\u00e9e, qui n\u2019aurait jamais \u00e9t\u00e9 au bout du projet nietzsch\u00e9en.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400;\">Conclusion<\/h1>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, on a vu comment Nietzsche avait \u00e9t\u00e9 lu et utilis\u00e9 par Adorno, \u00e0 la fois pour ses apports th\u00e9matiques que m\u00e9thodologiques. Nietzsche, loin d\u2019appara\u00eetre comme un auteur parmi d\u2019autres venant compl\u00e9ter le <em>corpus <\/em>syncr\u00e9tique de la Th\u00e9orie Critique, occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e dans l\u2019\u00e9laboration de la d\u00e9marche adornienne. Il repr\u00e9sente en effet la pierre de touche autour de laquelle est critiqu\u00e9, nuanc\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9 l\u2019h\u00e9g\u00e9lianisme\u00a0: de fa\u00e7on dialectique, Nietzsche est le repr\u00e9sentant de la n\u00e9gation, dont l\u2019apport s\u2019efface donc \u00e0 mesure qu\u2019est trouv\u00e9 un d\u00e9passement dans la dialectique n\u00e9gative. \u00ab\u00a0H\u00e9g\u00e9lien <em>apr\u00e8s<\/em> Hegel, apr\u00e8s Marx, apr\u00e8s Nietzsche\u00a0\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, Adorno dialectise Nietzsche en faisant sienne sa d\u00e9marche mais en la travaillant de l\u2019int\u00e9rieur pour y retrouver le projet h\u00e9g\u00e9lien. Cela permet de comprendre la dette qu\u2019il revendique en 1963\u00a0: sans l\u2019apport de Nietzsche, sans son \u00ab\u00a0g\u00e9nie\u00a0\u00bb erratique et incompris, l\u2019\u00e9laboration de la dialectique n\u00e9gative ne peut voir le jour, et la pens\u00e9e est condamn\u00e9e aux travers d\u2019une pens\u00e9e riv\u00e9e \u00e0 l\u2019identit\u00e9. L\u2019\u00a0\u00ab\u00a0ombre de Nietzsche\u00a0\u00bb est ici, plus que chez d\u2019autres auteurs, une ombre parce que son influence a \u00e9t\u00e9 longtemps travaill\u00e9e, au point de se fondre dans le mouvement de l\u2019\u0153uvre et de la dialectique, sans pour autant que sa sp\u00e9cificit\u00e9 soit tout \u00e0 fait reconnue.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h1>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Theodor. W. Adorno, <em>Probl\u00e8mes de philosophie morale <\/em>(<em>PPM<\/em>), trad. Isabelle Kalinowski, klincksieck, Critique de la politique (2023), p.194.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Adorno, Horkheimer, <em>Dialectique de la raison <\/em>(<em>DR<\/em>), trad. Eliane Kaufholz, Gallimard, Tel, Paris (1974), p.78<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>, p.79<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Dans <em>Le Discours philosophique de la modernit\u00e9<\/em>, trad. C. Bouchindhomme et R. Rochlitz, Gallimard, Tel, Paris (1988).<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> T.W.Adorno, <em>Philosophie de la nouvelle musique<\/em>, trad. A Hildenbrand et A. Lindenberg, Gallimard, Tel (1962), p.49 (Adorno se r\u00e9f\u00e8re\u00a0au \u00a7215 et 216 de <i>Humain, trop humain<\/i>).<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> T.W.Adorno, <em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique (TE<\/em>), trad. M. Jimenez, ed. Rolf Tiedemann, klinksieck (2020), p.283.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> T.W.Adorno, <em>PPM<\/em>, p.194<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Idem<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> C. Menke, \u00ab Genealogy and Critique. Two Forms of Ethical Questioning of Morality \u00bb, trad. R. Morrison, in <em>The Cambridge Companion to Theodor W. Adorno<\/em>, ed. Tom Huhn, Cambridge University Press (2006) p.304.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Ibid<\/em>, p.319-320.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> T.W.Adorno, <em>Dialectique n\u00e9gative <\/em>(<em>DN<\/em>), trad. groupe de traduction du Coll\u00e8ge de philosophie, Payot (2016), p. 345<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> T. Franck, <em>Adorno en France. <\/em><em>La constellation <\/em>Arguments <em>\u00a0comme dialogue critique<\/em>, PUR (2022), p\u00a0. 148<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> F. Jameson, <em>Late Marxism. Adorno, or the persistence of the dialectic<\/em>, Verso (1990), p.50-51<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> M. Cohen-Halimi, <em>L\u2019action \u00e0 distance. Essai sur le jeune Nietzsche politique<\/em>, NOUS, Antiphilosophique (2021), p. 147-151.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/F6082646-D4B3-4F91-9543-E7967C4509BA#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0 J.M. Bernstein, \u00ab Negative Dialectic as Fate. Adorno and Hegel\u201d in <em>The Cambridge Companion to Adorno<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Victor Dansaert Introduction \u00ab\u00a0Mon intention, ne vous m\u00e9prenez pas sur ce point, je vous prie, n\u2019est pas le moins du monde de m\u2019acharner sur Nietzsche, qui, si je dois \u00eatre sinc\u00e8re, est celui des \u2018\u2019grands\u2019\u2019 philosophes auquel je dois&hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/victor-dansaert-une-ombre-discrete-presences-de-nietzsche-chez-adorno\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2332,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-11951","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11951","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2332"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11951"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11951\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11951"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11951"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11951"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}