{"id":11747,"date":"2023-06-26T11:39:08","date_gmt":"2023-06-26T15:39:08","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/?p=11747"},"modified":"2023-06-26T11:39:08","modified_gmt":"2023-06-26T15:39:08","slug":"lou-schubert-lombre-de-nietzsche-chez-max-weber-science-et-vie-dans-wissenschaft-als-beruf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/utopia1313\/lou-schubert-lombre-de-nietzsche-chez-max-weber-science-et-vie-dans-wissenschaft-als-beruf\/","title":{"rendered":"Lou Schubert | L\u2019Ombre de Nietzsche chez Max Weber  Science et Vie dans Wissenschaft als Beruf"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>L\u2019honn\u00eatet\u00e9 d\u2019un intellectuel d\u2019aujourd\u2019hui, et avant tout d\u2019un philosophe d\u2019aujourd\u2019hui, peut se mesurer \u00e0 son attitude face \u00e0 Nietzsche et \u00e0 Marx. Celui qui ne conc\u00e8de pas qu\u2019il n\u2019aurait pu mener des parties essentielles de son \u0153uvre sans le travail que ces deux-l\u00e0 ont accompli se trompe lui-m\u00eame et les autres. Le monde dans lequel nous existons nous-m\u00eames intellectuellement est en bonne partie un monde form\u00e9 par Marx et Nietzsche<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>,<\/p><\/blockquote>\n<p>d\u00e9clare Weber en 1920 dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence d\u2019Oswald Spengler. Si Max Weber a ainsi explicitement reconnu l\u2019influence indiscutable de Nietzsche sur le travail de tout intellectuel, et donc \u00e9galement sur le sien, on trouve dans son \u0153uvre bien moins de r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 Nietzsche, que d\u2019allusions, de questionnements ou d\u2019affinit\u00e9s th\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Ainsi s\u2019est ouvert, bien apr\u00e8s l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 au rapport Marx-Weber, un champ de recherche sur la relation Nietzsche-Weber, champs qui demeure n\u00e9anmoins tr\u00e8s divis\u00e9 quant \u00e0 la question d\u2019une influence significative de Nietzsche sur l\u2019\u0153uvre w\u00e9b\u00e9rienne. Tandis que Fleischmann pose Weber en \u00ab ex\u00e9cuteur testamentaire \u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> de Nietzsche et Hennis en \u00ab\u00a0fils naturel\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, Mommsen et Schluchter s\u2019accordent eux \u00e0 dire que cette influence a \u00e9t\u00e9 grandement exag\u00e9r\u00e9e<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Bien que cette question ne soit donc pas r\u00e9solue, on peut indiscutablement trouver une ombre de Nietzsche dans le travail de Weber. Un questionnement qui fait tout particuli\u00e8rement \u00e9cho dans le travail des deux intellectuels, c\u2019est celui du rapport entre science et vie dans un monde, d\u00e9senchant\u00e9 pour Weber, nihiliste pour Nietzsche \u2013 monde en transformation et travers\u00e9 par la <em>Kulturkrise<\/em> qui a marqu\u00e9 le passage du XIX\u00e8me au XX\u00e8me si\u00e8cle en Allemagne.<\/p>\n<p>Il s\u2019agira dans ce travail d\u2019essayer de percevoir l\u2019ombre de Nietzsche chez Weber, que nous restreindrons \u00e0 la th\u00e9matique du rapport entre science et vie. En vue du cadre th\u00e9matique mais \u00e9galement de la bri\u00e8vet\u00e9 de ce travail, l\u2019\u00e9tude ciblera principalement le c\u00e9l\u00e8bre discours de Weber \u00ab\u00a0La science en tant que m\u00e9tier et vocation\u00a0\u00bb, tenu en 1917 devant les <em>Freistudenten<\/em>, \u00e9tudiants libres de Munich.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tudierons dans un premier temps, la similitude du diagnostic que portent les deux auteurs sur une science moderne, dont le sens doit \u00eatre r\u00e9interrog\u00e9. Puis, nous verrons comment, \u00e0 l\u2019inverse de Nietzsche, Weber va refonder le sens d\u2019une science dans ces nouvelles conditions.<\/p>\n<h1>I. Consonnances de diagnostic : La science dans un monde nihiliste, d\u00e9senchant\u00e9<\/h1>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre discours <em>Le m\u00e9tier et la vocation de savant <\/em>a lieu dans un contexte socio-culturel tr\u00e8s particulier dans lequel l\u2019influence de Nietzsche est immense. Weber s\u2019adresse \u00e0 un jeune public qui a lu la critique d\u00e9vastatrice de la science de Nietzche, \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration que l\u2019historien Nipperdey d\u00e9crit comme souffrant de la sp\u00e9cialisation des sciences, souffrant du positivisme, souffrant de l\u2019historicit\u00e9, souffrant de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019absence de rapport existentiel entre science et vie<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Si ce discours est en premier lieu une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019invitation des \u00e9tudiants libres munichois, il est aussi et surtout une r\u00e9ponse \u00e0 Nietzsche et \u00e0 la question soulev\u00e9e par ce dernier \u00e0 la fin d\u2019<em>Avantages\u00a0et\u00a0inconv\u00e9nients\u00a0de\u00a0l&#8217;histoire pour la vie,<\/em> \u00ab\u00a0la vie doit-elle dominer la connaissance et la science, ou bien la connaissance doit-elle dominer la vie\u00a0? Laquelle des deux puissances est la puissance sup\u00e9rieure et d\u00e9terminante\u00a0?\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, le sociologue ouvre son discours sur une analyse de l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent des sciences, sur les conditions ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures (<em>innere und \u00e4u\u00dfere Bedingungen<\/em>) de l\u2019entreprise scientifique moderne et la place que l\u2019homme de science peut y occuper. Si, comme nous le verrons, les deux penseurs d\u00e9fendront des positions divergentes quant aux implications de cet \u00e9tat des lieux, la similarit\u00e9 de leur diagnostic de la science moderne et de la perte de sens qui en r\u00e9sulte est frappante, tel que la question du rapport de la science \u00e0 la vie d\u00e9coule tout autant du raisonnement de Weber que de celui de Nietzsche.<\/p>\n<p>Weber ouvre son discours par une analyse des conditions ext\u00e9rieures, mat\u00e9rielles, auxquelles sont soumises le m\u00e9tier de savant. Weber dresse le tableau d\u2019un m\u00e9tier difficile. Les universit\u00e9s sont devenues des \u00ab <em>statskapitalistische Unternehmungen<\/em>\u00a0\u00bb, des entreprises capitalistes d\u2019\u00c9tat. Elles n\u00e9cessitent pour leur gestion des fonds tr\u00e8s importants et cette transformation implique pour ceux qui y travaillent, l\u2019exposition aux m\u00eames conditions de travail que dans toutes les entreprises capitalistes\u00a0: la s\u00e9paration du travailleur de ses moyens de productions, la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques et la pr\u00e9carit\u00e9. Cette observation avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 faite par Nietzsche, qui d\u00e9crit la transformation de la science en usine<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Ainsi explique Weber, le scientifique en d\u00e9but de carri\u00e8re est tout aussi d\u00e9pendant du directeur de sa facult\u00e9, que l\u2019est un employ\u00e9 d\u2019usine et il m\u00e8ne en g\u00e9n\u00e9ral une existence tout aussi \u00ab\u00a0proletaro\u00efde\u00a0\u00bb. Weber n\u2019enjolive pas, au contraire, \u00e9num\u00e8re de fa\u00e7on pragmatique des circonstances, que la plupart des jeunes universitaires ne savent d\u2019apr\u00e8s lui affronter sans \u00ab\u00a0dommage pour leur vie int\u00e9rieure\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce d\u00e9veloppement, Max Weber aborde ce qu\u2019il anticipe \u00eatre le c\u0153ur des interrogations des <em>Freistundenten<\/em>, \u00e0 savoir les conditions cette fois ci int\u00e9rieures (<em>innere Bedingungen<\/em>), du rapport personnel du savant \u00e0 son m\u00e9tier. Le rapport entre science et vie est d\u2019apr\u00e8s Weber conditionn\u00e9 par deux ph\u00e9nom\u00e8nes majeurs\u00a0: (i) la place de la science au sein du mouvement perp\u00e9tuel du progr\u00e8s\u00a0; (ii) la place du progr\u00e8s au sein du processus d\u2019intellectualisation, (iii) l\u2019incapacit\u00e9 de la science de se justifier par elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La science, explique le sociologue, est de mani\u00e8re inh\u00e9rente imbriqu\u00e9e dans le mouvement perp\u00e9tuel du progr\u00e8s. C\u2019est l\u00e0 que pour Weber se situe sa principale diff\u00e9rence \u00e0 l\u2019art. Si le chef d\u2019\u0153uvre dans le domaine de l\u2019art est intemporel, et ne peut en ce sens \u00eatre d\u00e9pass\u00e9, le travail scientifique quant \u00e0 lui, est vou\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9pass\u00e9, remplac\u00e9, rendu obsol\u00e8te, puisque subordonn\u00e9 au progr\u00e8s. Cette relation qu\u2019entretient la science avec le progr\u00e8s n\u2019est pas seulement destin\u00e9e mais elle est le but m\u00eame de la science. Ainsi \u00e9crit Weber, \u00ab\u00a0dans les sciences, je le r\u00e9p\u00e8te, non seulement notre destin mais notre but \u00e0 tous est de nous voir un jour d\u00e9pass\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce progr\u00e8s scientifique est de plus, lui-m\u00eame un fragment du processus d\u2019intellectualisation auquel nous sommes soumis depuis des mill\u00e9naires. Or, ce processus d\u2019intellectualisation ne signifie pas une connaissance accrue du monde qui nous entoure. Ainsi, l\u2019immense majorit\u00e9 d\u2019utilisateurs de tramway n\u2019a aucune id\u00e9e de son fonctionnement, explique Weber, mais se contente de l\u2019utiliser, de compter sur son fonctionnement. Ce processus d\u2019intellectualisation signifie donc seulement que nous savons ou croyons, qu\u2019en principe, nous pourrions, si nous le voulions, tout savoir sur le monde qui nous entoure. En cela, le processus d\u2019intellectualisation est donc aussi la croyance qu\u2019il n\u2019y a pas de puissances myst\u00e9rieuses et incalculables, mais qu\u2019au contraire tout peut \u00eatre ma\u00eetris\u00e9 par pr\u00e9vision. Mais cela signifie aussi d\u00e9senchantement du monde, explique Weber.<\/p>\n<p>Enfin toute science pr\u00e9suppose certaines v\u00e9rit\u00e9s, comme la validit\u00e9 des r\u00e8gles de la logique ou de certaines r\u00e8gles m\u00e9thodiques, qui forment la base de notre rapport au monde. Mais au-del\u00e0 de \u00e7a toute science pr\u00e9suppose \u00e9galement que ce qu\u2019elle cherche \u00e0 d\u00e9couvrir a de la valeur, que ces nouvelles connaissances valent d\u2019\u00eatre d\u00e9couvertes. Comme Nietzsche l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 dans <em>La Naissance de la Trag\u00e9die<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><strong>[10]<\/strong><\/a><\/em>, Weber reconna\u00eet que ces pr\u00e9suppositions ne peuvent \u00eatre d\u00e9montr\u00e9s par la science elle-m\u00eame. Elles ne peuvent qu\u2019\u00eatre accept\u00e9s ou r\u00e9fut\u00e9es \u00ab\u00a0suivant ses prises de positions personnelles, d\u00e9finitives, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, explique Weber. Ce constat a deux implications majeures. La premi\u00e8re est que l\u2019id\u00e9al d\u2019une science qui r\u00e9pondrait aux questions de la vie pratique est impossible. La deuxi\u00e8me est qu\u2019il y a une pluralit\u00e9 de valeurs, ce que Weber en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Mill appellera un polyth\u00e9isme des valeurs, et qu\u2019aucune ne peut par la science \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9 plus qu\u2019une autre.<\/p>\n<p>Ce sont donc ces trois caract\u00e9ristiques de la science de son \u00e9poque qui d\u00e9terminent d\u2019apr\u00e8s Weber le rapport du savant \u00e0 son m\u00e9tier, puisqu\u2019elles posent le probl\u00e8me de sens (<em>Sinnproblem<\/em>) de la science. Quel est en effet le sens d\u2019un m\u00e9tier dont le fruit du travail est vou\u00e9 \u00e0 \u00eatre obsol\u00e8te\u00a0? \u00c0 quoi bon se lancer dans une chose qui ne sera jamais finie\u00a0? Ce sont ces interrogations auxquelles doit se confronter l\u2019homme de sciences. La question si oui ou non le progr\u00e8s a un sens au-del\u00e0 de son sens pratico-technique, qui conf\u00e9rerait par extension un sens au m\u00e9tier de savant, persiste. Il ne s\u2019agit l\u00e0 pour Weber plus seulement de la question du m\u00e9tier de savant mais plus g\u00e9n\u00e9ralement celle de la place de la science au sein de la vie humaine et de sa valeur.<\/p>\n<p>Ainsi, la place de la science au sein de la vie humaine a profond\u00e9ment chang\u00e9. Tandis que la science, durant les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents, donnait des r\u00e9ponses aux questions pratiques des hommes, cherchant par exemple le chemin vers \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre v\u00e9ritable\u00a0\u00bb, vers \u00ab\u00a0l\u2019art vrai\u00a0\u00bb, vers la \u00ab\u00a0vraie nature\u00a0\u00bb, vers le \u00ab\u00a0vrai dieu\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, plus personne ne croit d\u2019apr\u00e8s Weber \u00e0 ces anciennes illusions dans un monde d\u00e9senchant\u00e9. Comme pour Nietzsche, la perte des valeurs m\u00e9taphysiques justifie pour Weber, la remise en question de l\u2019utilit\u00e9 de la science qui doit \u00eatre r\u00e9interrog\u00e9e. Ainsi Weber se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Tolsto\u00ef pour qui \u00ab\u00a0elle [la science] n\u2019a plus de sens, puisqu\u2019elle ne donne plus aucune r\u00e9ponse \u00e0 la seule question qui nous importe\u00a0: \u2018\u2019Que devons-nous faire\u00a0? Comment devons-nous vivre\u2019\u2019\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. La science ne r\u00e9pond effectivement plus aux questions de la vie pratique, explique le sociologue, et ceci est d\u00fb \u00e0 la nature m\u00eame de son d\u00e9veloppement s\u00e9cularis\u00e9. Face \u00e0 la perte de sens qui r\u00e9sulte du d\u00e9senchantement du monde chez Weber, du nihilisme chez Nietzsche, les deux auteurs \u00e9rigent la capacit\u00e9 \u00e0 supporter cette v\u00e9rit\u00e9 au rang de vertu.\u00a0 Ainsi, Nietzsche interroge : \u00ab\u00a0Quelle dose de v\u00e9rit\u00e9 un esprit sait-il\u00a0supporter, quelle dose de v\u00e9rit\u00e9 peut-il risquer\u00a0?\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> Weber lui, incite \u00e0 \u00ab\u00a0supporter avec virilit\u00e9 le destin de notre \u00e9poque\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>Nous avons donc vu que le diagnostic dress\u00e9 par Weber de la science s\u00e9cularis\u00e9e est tr\u00e8s proche de celui \u00e9nonc\u00e9 par Nietzsche dans sa critique. Les deux entrevoient le probl\u00e8me de sens que pose la pratique scientifique dans un monde ayant perdu ses valeurs m\u00e9taphysiques. Tous deux r\u00e9futent la pr\u00e9tendue objectivit\u00e9 absolue du positivisme, et relativisent plus largement la rationalit\u00e9 scientifique, qui se retrouve sans fondement. Weber accepte la sentence nietzsch\u00e9enne selon laquelle la science n\u2019arrive plus \u00e0 servir la vie. N\u00e9anmoins, malgr\u00e9 les consonances du monde d\u00e9senchant\u00e9 w\u00e9b\u00e9rien et du nihilisme nietzsch\u00e9en, cette diff\u00e9rence s\u00e9mantique n\u2019est pas une co\u00efncidence. Chez Weber, il n\u2019y a pas cette id\u00e9e de d\u00e9cadence, Weber ne d\u00e9plore pas, il constate. La notion de d\u00e9senchantement n\u2019a donc rien \u00e0 voir avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une d\u00e9sillusion ou d\u2019un d\u00e9sappointement, elle n\u2019expulse pas toute notion de sens et ne signifie donc pas la fin des luttes autour de la v\u00e9rit\u00e9. Ainsi, \u00ab\u00a0si la question du sens du monde a \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9e par la science, la question du sens de l\u2019action dans le monde demeure pour sa part enti\u00e8re. L\u2019absence d\u2019un sens donn\u00e9 ou transcendant est ainsi au contraire la chance du sens\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Nous allons voir dans cette deuxi\u00e8me partie comment Weber va refonder une pratique scientifique sur ces bases.<\/p>\n<h1>\u00a0II. Relativiser pour refonder, Weber et la rationalit\u00e9 rationnelle<\/h1>\n<p>Pour Nietzsche, la mesure d\u2019\u00e9valuation de la science c\u2019est la vie. Comme il l\u2019avait \u00e9crit dans <em>Avantages et Inconv\u00e9niants de l\u2019Histoire pour la vie<\/em>, \u00ab\u00a0Ce n\u2019est que tant que l\u2019Histoire sert \u00e0 la vie, que nous voulons la servir\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. C\u2019est en cette subordination \u00e0 la vie et \u00e0 la volont\u00e9 de puissance dans d\u2019autres \u00e9crits, que la science moderne, s\u00e9cularis\u00e9e, perd pour Nietzsche toute utilit\u00e9, elle qui n\u2019est plus capable de la servir. Nous allons voir que Weber lui, propose une science autonome, qu\u2019il ne soumet pas \u00e0 la dualit\u00e9 \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Weber pr\u00e9conise, face aux conditions de la science moderne, la prise de conscience et du respect des limites de la science. Celui qui souhaite faire de la science son m\u00e9tier doit \u00eatre captable d\u2019une forme d\u2019autolimitation. Ce leitmotiv asc\u00e9tique sera \u00e9galement au c\u0153ur du discours <em>Le m\u00e9tier et la vocation d\u2019homme politique<\/em> que Weber tiendra deux ans plus tard.<\/p>\n<p>Ainsi le savant doit accepter ces nouvelles conditions de la science moderne. Il doit tout d\u2019abord accepter la sp\u00e9cialisation de son travail, puisque \u201ejamais plus un individu ne pourra acqu\u00e9rir la certitude d\u2019accomplir quelque chose de vraiment parfait dans le domaine de la science sans une sp\u00e9cialisation rigoureuse\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Pour Weber, seul celui qui parviendra \u00e0 se sp\u00e9cialiser, \u00e0 mettre, comme il le dit, des \u0153ill\u00e8res et se plonger dans la conviction que le destin de son \u00e2me ne d\u00e9pend que de telle ou telle conjecture, pourra vivre la v\u00e9ritable exp\u00e9rience de la science. Cette sp\u00e9cialisation critiqu\u00e9e par la jeunesse allemande, n\u2019est pour Weber pas incompatible \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la science, n\u2019est pas vectrice d\u2019ali\u00e9nation, puisque c\u2019est en elle que r\u00e9side la r\u00e9elle exp\u00e9rience de la science.<\/p>\n<p>Cette conscience des limites de la science \u00e9galement l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 de toute d\u00e9fense de prises de positions personnelles au sein de l\u2019universit\u00e9s, du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9tudiants comme de celui des professeurs. L\u2019\u00e9tablissement de faits scientifiques d\u2019une part et les questions de valeurs d\u2019autres part sont, explique Weber, des probl\u00e8mes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, et seuls les premiers sauraient \u00eatre trait\u00e9s au sein de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre. Le professeur qui se permet de d\u00e9fendre ses positions n\u2019est plus professeur, mais proph\u00e8te ou d\u00e9magogue. Les diff\u00e9rents ordres de valeurs \u00ab\u00a0s\u2019affrontent dans le monde dans une lutte inexpiable\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a> et il serait donc impossible voire absurde de pr\u00e9tendre d\u00e9montrer scientifiquement la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019un de ces ordres. Weber critique d\u2019ailleurs \u00e0 plusieurs reprises ces \u00ab\u00a0proph\u00e8tes\u00a0\u00bb, faisant allusion au cercle autour de Stefan George revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de Nietzsche, auquel Weber reproche de faire sacrifice de l\u2019intellect.<\/p>\n<p>L\u00e0 est donc le c\u0153ur de ce que Weber con\u00e7oit comme l\u2019\u00e9preuve de l\u2019homme des sciences, \u00e0 savoir que polyth\u00e9isme des valeurs et limites de la science, n\u2019ouvrent pas la porte au relativisme, mais \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prise de position individuelles. Faire de la science son m\u00e9tier, en faire sa vocation, est \u00e9galement une de ces d\u00e9cisions qui doit \u00eatre prise suivant son point de vue propre, explique Weber, revenant ainsi au c\u0153ur du sujet de son discours. Consentir au relativisme n\u2019est pas une r\u00e9ponse au probl\u00e8me de sens de la science mais seulement la r\u00e9ponse choisi par \u00ab\u00a0celui qui n\u2019a pas le courage de chercher \u00e0 voir clair pour lui-m\u00eame dans ses choix derniers et qui se facilite la t\u00e2che\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>M\u00eame si ce devoir de limitation ne permet pas de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes et questions de la vie pratique, la science, argumente Weber, a tout le m\u00eame un sens positif pour cette derni\u00e8re. Cet apport positif est celui de faire \u0153uvre de clart\u00e9 sur ses prises de positions et jugements individuels.\u00a0 Ainsi la science, au-del\u00e0 de livrer des faits et des m\u00e9thodes, permet pour tout probl\u00e8me de valeurs de montrer quelles sont les diff\u00e9rentes prises de positions possibles, et quels moyens sont logiquement n\u00e9cessaires pour les concr\u00e9tiser. L\u2019\u00e9valuation de ces moyens, la question de si leur fin les justifie ou non, constitue ensuite l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation personnelle. La science permet ainsi la prise de conscience du sens ultime de ses propres actes, en d\u2019autres termes, explique Weber, elle<\/p>\n<p>vous indiquera qu\u2019en adoptant telle position vous <em>servirez tel Dieu et offenserez tel autre<\/em> parce que si vous restez fid\u00e8les \u00e0 vous-m\u00eames, vous en viendrez n\u00e9cessairement \u00e0 telles cons\u00e9quences internes, derni\u00e8res et significatives\u00a0<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a><\/p>\n<p>Ainsi la science permet de comprendre de quelles visions fondamentales du monde d\u00e9pendent nos prises de partis et nous obligent ainsi \u00e0 en porter la responsabilit\u00e9. C\u2019est ce que Weber appelle probit\u00e9 intellectuelle, et celle-ci constitue justement cet apport positif de la science \u00e0 la vie pratique.<\/p>\n<p>C\u2019est par ce prisme que Weber con\u00e7oit plus largement le rapport entre science et politique. Bien que science et politique doivent \u00eatre s\u00e9par\u00e9s, en tant que ces sph\u00e8res ne peuvent \u00eatre exerc\u00e9es simultan\u00e9ment sans porter atteinte aux principes fondamentaux de l\u2019une ou de l\u2019autre, le lien entre elles est \u00e9troit. Ainsi, explique Raymond Aron introduisant <em>Le Savant et le Politique, <\/em>\u00ab\u00a0la science qu\u2019il con\u00e7oit est celle qui est susceptible de servir l\u2019homme d\u2019action\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Cette science n\u2019est certes pas indispensable \u00e0 l\u2019affirmation de valeurs ou \u00e0 la prise d\u2019action, mais elle semble favoriser l\u2019action raisonnable ou du moins favoriser une action pour laquelle les agents peuvent \u00eatre tenus pour responsable, dans la mesure ou les valeurs fondamentales dont elles d\u00e9coulent sont connues et dont le choix de les accepter, rel\u00e8ve donc d\u2019une d\u00e9cision individuelle.<\/p>\n<p>Se d\u00e9cider, trouver soi-m\u00eame son dieu, plut\u00f4t que d\u2019en attendre un, se mettre au travail et r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019exigence du jour, telle est pour Weber l\u2019\u00e9preuve de l\u2019Homme moderne, autant dans sa vie d\u2019homme que dans son m\u00e9tier. Il s\u2019agit pour chacun, explique Weber faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Goethe, de trouver son propre d\u00e9mon. Le concept de personnalit\u00e9 w\u00e9b\u00e9rien correspond finalement \u00e0 ce que Wolfgang Schluchter appelle un individualisme asc\u00e9tique humaniste. Asc\u00e9tique, parce qu\u2019il n\u00e9cessite que l\u2019action se mette au service de quelque chose qui d\u00e9passe le personnel. Humaniste, parce qu\u2019il pr\u00e9suppose toujours le rattachement \u00e0 des valeurs fondamentales. Individualiste parce que ce rattachement \u00e0 des valeurs fondamentales se fait par une cha\u00eene de d\u00e9cisions qui doivent \u00eatre prises individuellement<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019Ombre de Nietzsche chez Weber est donc comme nous l\u2019avons vu particuli\u00e8rement pr\u00e9sente dans le diagnostic que ces deux intellectuels portent sur le monde moderne. Weber se place dans la continuit\u00e9 de Nietzsche pour ce qui est du constat d\u2019une science qui ne sait plus r\u00e9pondre aux questions de la vie, et dont le sens demande \u00e0 \u00eatre r\u00e9interrog\u00e9. Si les deux renoncent aux absolus et relativisent la port\u00e9e de la rationalit\u00e9, la critique de Nietzsche est si radicale qu\u2019elle n\u2019offre plus de fondement \u00e0 la pratique scientifique<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Weber lui, propose une pratique scientifique bien diff\u00e9rente de celle attaqu\u00e9e par Nietzsche, \u00e0 savoir une science consciente de ses limites et critique des valeurs auxquelles elle est attach\u00e9e, portant un regard rationnel sur la rationalit\u00e9. Weber n\u2019abandonne pas la facult\u00e9 de conna\u00eetre, nous avons des principes surs de la connaissance, il s\u2019agit seulement d\u2019\u00eatre conscient et en accord avec les valeurs pr\u00e9suppos\u00e9es. Ainsi le d\u00e9senchantement du monde n\u2019implique par le nihilisme. Si la science ne r\u00e9pond plus aux questions de la vie, elle peut n\u00e9anmoins \u00eatre utile \u00e0 l\u2019action raisonnable, responsable de celui qui se montre pr\u00eat\u00a0\u00e0 affronter la r\u00e9alit\u00e9 du monde rationalis\u00e9.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h1>\n<p>Fleischmann, Eug\u00e8ne. \u201cDe Weber \u00e0 Nietzsche.\u201d\u00a0<em>European Journal of Sociology \/ Archives\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Europ\u00e9ennes\u00a0\u00a0 de Sociologie \/ Europ\u00e4isches Archiv F\u00fcr Soziologie<\/em>, vol. 5, no. 2, 1964,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 pp. 190\u2013238.\u00a0JSTOR<\/p>\n<p>Fleury, Laurent. \u00ab\u00a0Max Weber sur les traces de Nietzsche\u00a0?\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de sociologie<\/em>,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 vol. 46,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 no. 4, 2005, pp. 807-839.<\/p>\n<p>Germer, Andrea<em>. Wissenschaft und Leben. Max Webers Antwort auf eine Frage Friedrich Nietzsches<\/em>.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1994. Goettingen: Vandenhoeck &amp; Rupprecht<\/p>\n<p>Hennis, Wilhelm. \u00ab\u00a0Les traces de Friedrich Nietzsche dans l\u2019\u0153uvre de Weber\u00a0\u00bb,\u00a0La\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 probl\u00e9matique de Max Weber, trad. L.\u00a0Deroche-Gurcel, Paris, <em>Presses universitaires de\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 France<\/em>, 1996, pp.\u00a0181-206.<\/p>\n<p>Nietzsche, F. <em>S\u00e4mtliche Werke<\/em>, Kritische Studienausgabe in 15 B\u00e4nden. \u00c9dit\u00e9 par Giorgio Colli und Mazzino Montinari, 1980. Munich, New York: dtv \/ De Gruyter<\/p>\n<p>Nietzsche, Friedrich. <em>La naissance de la trag\u00e9die<\/em>. Paris, GF Flammarion, 2015<\/p>\n<p>Nietzsche, Friedrich. <em>Deuxi\u00e8me Consid\u00e9ration Intempestive. Avantages et Inconv\u00e9nients de l\u2019Histoire pour la Vie<\/em>.<\/p>\n<p>Nipperdey, Thomas \u201eDie deutsche Studentenschaft in den ersten Jahren der Weimarer\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Republik\u201c dans <em>Gesellschaft, Kultur, Theorie. Gesammelte Aufs\u00e4tze zu neuerer\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Geschichte<\/em>. G\u00f6ttingen: Vandenhoeck &amp; Rupprecht. 1961, pp. 390-416<\/p>\n<p>Schluchter, Wolfgang. \u00ab Zeitgem\u00e4\u00dfe Unzeitgem\u00e4\u00dfe. Von Friedrich Nietzsche \u00fcber Georg Simmel zu Max Weber \u00bb dans\u00a0<em>Unvers\u00f6hnte Moderne<\/em>, Frankfurt am Main: Suhrkamp\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1996, pp.\u00a0166-185.<\/p>\n<p>Weber, Max. <em>Le Savant et le Politique<\/em>. Traduit de l\u2019allemand par Julien Freund. 1959. Paris,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9ditions 10\/18<\/p>\n<p>Weber, Max. (1994). Wissenschaft als Beruf 1917\/1919. Studienausgabe der Max-Weber Gesamtausgabe Band 1\/17. \u00e9dit\u00e9 par W. J. Mommsen &amp; W. Schluchter avec la collaboration de B. Morgenbrod. T\u00fcbigen: Mohr Siebeck<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h1>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Wilhelm Hennis, <em>La probl\u00e9matique de Max Weber,<\/em> 181<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Eug\u00e8ne Fleischmann, \u201eDe Weber \u00e0 Nietzsche?\u201c, 219<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Wilhelm Hennis, \u00ab\u00a0Les traces de Friedrich Nietzsche dans l\u2019\u0153uvre de Weber\u00a0\u00bb, 181<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir Wolfgang Schluchter, <em>Unvers\u00f6hnte Moderne<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Thomas Nipperdey, \u00ab\u00a0Die deutsche Studentenschaft in den ersten Jahren der Weimerer Republik\u00a0\u00bb dans <em>Gesellschaft, Kultur, Theorie<\/em>. <em>Gesammelte Aufs\u00e4tze zur neueren Geschichte<\/em>, 399<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Friedrich Nietzsche, <em>Seconde Consid\u00e9ration Inactuelle. <\/em><em>Avantages et inconv\u00e9nients de l\u2019histoire pour la vie<\/em>, 62<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Friedrich Nietzsche, <em>S\u00e4mtliche Werke,<\/em> Volume 7, 613<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Max Weber, <em>Le Savant et le Politique<\/em>, 75<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid, <\/em>88<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Friedrich Nietzsche, <em>La Naissance de la Trag\u00e9die<\/em>, 13<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Max Weber<em>, Le Savant et le Politique<\/em>, 98<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibid<\/em>, 92-96<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Ibid<\/em>, 97<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Friedrich Nietzsche, <em>Ecce Homo<\/em>, 259<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Weber, <em>Le Savant et le Politique<\/em>, 83<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Laurent Fleury, <em>Max Weber sur les traces de Nietzsche ?<\/em>, 812<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Friedrich Nietzsche, <em>Deuxi\u00e8me Consid\u00e9ration Intempestive. Avantages et Inconv\u00e9nients de l\u2019Histoire pour la vie<\/em>, 37<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Weber<em>, Le Savant et le Politique, <\/em>\u00a081<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Ibid<\/em>, \u00a0111<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\"><em><strong>[20]<\/strong><\/em><\/a><em> ibid,<\/em> 121<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Ibid<\/em> p. 113<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Raymond Aron, Pr\u00e9face \u00e0 <em>Le Savant et le Politique<\/em>, 7<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Wolfgang Schuchter, Introduction de la <em>Studienausgabe der Max Weber<\/em> <em>Gesamtausgabe<\/em>, 42<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Andre Germer<em>, Wissenschaft und Leben<\/em>, 60<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019honn\u00eatet\u00e9 d\u2019un intellectuel d\u2019aujourd\u2019hui, et avant tout d\u2019un philosophe d\u2019aujourd\u2019hui, peut se mesurer \u00e0 son attitude face \u00e0 Nietzsche et \u00e0 Marx. 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