{"id":1615,"date":"2017-09-04T08:21:45","date_gmt":"2017-09-04T12:21:45","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/?p=1615"},"modified":"2017-09-04T08:24:20","modified_gmt":"2017-09-04T12:24:20","slug":"martin-baudroux-nietzsche-bataille-de-locean-au-desert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/martin-baudroux-nietzsche-bataille-de-locean-au-desert\/","title":{"rendered":"Martin Baudroux | Nietzsche, Bataille\u00a0: de l\u2019oc\u00e9an au d\u00e9sert"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><strong>Nietzsche, Bataille\u00a0: de l\u2019oc\u00e9an au d\u00e9sert<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\">by Martin Baudroux<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Sois cet oc\u00e9an. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Nietzsche<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Qui suis-je<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>pas \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb non non <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>mais le d\u00e9sert la nuit l\u2019immensit\u00e9\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Bataille<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est sur une place publique, une lanterne \u00e0 la main en d\u00e9pit du jour, que l\u2019insens\u00e9 annonce la mort de Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Comment avons-nous pu vider la mer\u00a0?\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Car il n\u2019y a que la m\u00e9taphore pour restituer la dimension esth\u00e9tique d\u2019un \u00e9v\u00e9nement ; seule, elle approche celui-ci en artiste et donne \u00e0 voir les mutations topographiques qui l\u2019accompagnent. Transposition d\u2019un affect dans une image, elle s\u2019\u00e9nonce depuis l\u2019en-de\u00e7\u00e0 du concept, le corps<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Elle ballotte son objet des sens \u00e0 l\u2019image et de l\u2019image au langage, jusqu\u2019\u00e0 susciter une exp\u00e9rience tout \u00e0 la fois visuelle, intelligible et sonore : la mer de valeurs dont Dieu soutenait la pl\u00e9nitude se vide dans un fracas, laissant place \u00e0 une vaste \u00e9tendue aride \u2013 un v\u00e9ritable d\u00e9sert que le soleil, \u00e9clips\u00e9 par un immense cadavre, n\u2019\u00e9claire plus\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Qu\u2019avons-nous fait lorsque nous avons d\u00e9tach\u00e9 cette terre de la cha\u00eene de son soleil\u00a0?\u2026 Ne voyez-vous pas sans cesse venir la nuit, plus de nuit\u00a0? Ne fait-il pas plus froid\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Dans ce monde priv\u00e9 de centre, de rep\u00e8res comme d\u2019horizon, l\u2019espace se confond avec l\u2019infinit\u00e9 de la nuit, et le temps, ouvert sur le vide, n\u2019annonce plus rien de pr\u00e9cis, ni jugement ni royaume. Au point de vue topographique, c\u2019est l\u2019aridit\u00e9 qui caract\u00e9rise le nihilisme comme volont\u00e9 de puissance ass\u00e9ch\u00e9e, atmosph\u00e8re glaciale, \u00ab\u00a0air d\u2019h\u00f4pital\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> o\u00f9 abondent des malades lass\u00e9s de vivre et gonfl\u00e9s de ressentiment. Le triomphe de valeurs asc\u00e9tiques avec le jud\u00e9o-christianisme, l\u2019adoption d\u2019une morale fond\u00e9e sur le sacrifice de soi, l\u2019invention du \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb, du sujet libre et de la \u00ab\u00a0mauvaise conscience\u00a0\u00bb, ont plong\u00e9 l\u2019Europe dans une mer de contradictions o\u00f9 la vie trouvait son plaisir en se niant, en \u00e9chafaudant des mondes imaginaires, en d\u00e9valuant ce monde-ci. Contradictoires, dirig\u00e9es contre leur terreau \u2013 la vie \u2013, ces valeurs se condamnaient d\u2019embl\u00e9e au d\u00e9p\u00e9rissement. Dieu est mort. Et l\u00e0 r\u00e9side d\u2019abord un d\u00e9sastre. Car il n\u2019y a jamais de vide complet de valeurs, et les id\u00e9aux asc\u00e9tiques h\u00e9rit\u00e9s du christianisme continuent souterrainement de <em>valoir<\/em><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, alors m\u00eame que leur fondement, le divin, Dieu le P\u00e8re, et sa cohorte d\u2019arri\u00e8re-mondes (la cit\u00e9 divine, le royaume, le jugement dernier), ne suscitent plus la m\u00eame adh\u00e9sion. On aboutit alors \u00e0 un \u00e9trange homme \u00ab\u00a0qui, du monde comme il est, juge qu\u2019il ne doit pas \u00eatre, et, du monde comme il doit \u00eatre, juge qu\u2019il n\u2019existe pas\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0; un n\u00e9gateur, donc, insatisfait du monde, d\u00e9\u00e7u par le r\u00e9el, en m\u00eame temps qu\u2019incapable d\u2019une authentique <em>affirmation<\/em>.<\/p>\n<p>Dieu se d\u00e9composant, le projet d\u2019un renversement des valeurs presse jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mence, et l\u2019insens\u00e9 harc\u00e8le la foule d\u2019une nouvelle question\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier\u00a0?\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0; comment, en d\u2019autres termes, renouveler les eaux de cette place vide laiss\u00e9e par la mort de Dieu\u00a0? Par une eau de bapt\u00eame\u00a0? Par de nouveaux arri\u00e8re-mondes\u00a0? Un nouvel <em>ailleurs\u00a0<\/em>? Mais les arri\u00e8re-mondes sont pour cela m\u00eame arri\u00e9r\u00e9s, et Nietzsche se refuse \u00e0 la solution des eaux us\u00e9es. C\u2019est que la mort de Dieu marque aussi notre <em>chance<\/em>, en ce qu\u2019elle offre l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019employer diff\u00e9remment l\u2019\u00e9nergie jusque-l\u00e0 d\u00e9volue \u00e0 nier la vie<em>\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>la mer, <\/em>notre<em> pleine mer, s\u2019ouvre de nouveau devant nous, et peut-\u00eatre n\u2019y eut-il jamais une mer aussi \u201cpleine\u201d<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Le projet d\u2019une inversion des valeurs prend d\u00e8s lors la figure d\u2019une r\u00e9pl\u00e9tion dont la mise en \u0153uvre consiste \u00e0 d\u00e9cider <em>o\u00f9<\/em> <em>d\u00e9verser <\/em>la puissance vitale de l\u2019homme\u2026 mais <em>o\u00f9<\/em>, si ce n\u2019est dans l\u2019homme lui-m\u00eame plut\u00f4t que dans ces eaux noires (Dieu, le monde intelligible, l\u2019au-del\u00e0) \u00e0 l\u2019aune desquels on a d\u00e9valu\u00e9 l\u2019existence terrestre\u00a0?\u00a0\u00ab\u00a0<em>Mais o\u00f9 se d\u00e9versent les flots de tout ce qu\u2019il y a de grand et de sublime dans l\u2019homme\u00a0? N\u2019y a-t-il pas pour ces torrents un oc\u00e9an\u00a0? \u2013 sois cet oc\u00e9an\u00a0: il y en aura un\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. \u00c0 la figure encore trop limit\u00e9e, trop timide de la mer doit ainsi succ\u00e9der l\u2019immensit\u00e9 profuse de l\u2019oc\u00e9an, et \u00e0 l\u2019homme qui <em>\u00e9lude <\/em>la vie et ses conflits, \u00e0 l\u2019homme noyant, diminuant, enserrant la vie dans une mer d\u2019arri\u00e8re-mondes doit succ\u00e9der un homme oc\u00e9anique, <em>surhumain <\/em>en ce qu\u2019il consent \u00e0 toutes les dimensions de l\u2019existence, y compris \u00e0 la souffrance et au pire\u00a0; un homme qui dise <em>Oui <\/em>aux instincts, au corps et aux pulsions jusque-l\u00e0 d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9es, et ch\u00e9risse l\u2019existence au point d\u2019en d\u00e9sirer l\u2019\u00e9ternel retour<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans son souci de lutter contre le nihilisme, Nietzsche se place donc sous le signe de l\u2019oc\u00e9an, et l\u00e0 se trouve sans doute une d\u00e9cision, ou une perspective, qui le distingue d\u2019un autre penseur, pas moins nietzsch\u00e9en d\u2019ailleurs\u00a0: Georges Bataille, dont ce m\u00eame constat de la mort de Dieu donne \u00e0 la pens\u00e9e son \u00e9lan, peut-\u00eatre son point de d\u00e9part\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout le monde sait ce que repr\u00e9sente Dieu pour l\u2019ensemble des hommes qui y croient, et quelle place il occupe dans leur pens\u00e9e, et je pense que lorsqu\u2019on supprime le personnage de Dieu \u00e0 cette place-l\u00e0, il reste tout de m\u00eame quelque chose, une place vide. C\u2019est de cette place vide dont j\u2019ai voulu parler\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Dieu mort, il reste une place vide et ainsi une vacance, presque une lie, que Nietzsche d\u00e9j\u00e0 identifiait \u00e0 des <em>mar\u00e9cages\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>Les eaux de la religion s\u2019\u00e9coulent et laissent derri\u00e8re elles des mar\u00e9cages ou des \u00e9tangs\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Sonder ces mar\u00e9cages, creuser jusqu\u2019en son fond l\u2019absence de Dieu, voil\u00e0 qui int\u00e9resse au premier chef Bataille. On ne traverse plus tant la mer pour rejoindre l\u2019oc\u00e9an qu\u2019on ne s\u2019enfonce dans ces boues faites de solitude, d\u2019angoisse et d\u2019horreur auxquelles, Dieu \u00e9tant mort, l\u2019humanit\u00e9 ne parvient pas \u00e0 donner sens, pas plus qu\u2019\u00e0 les <em>diluer <\/em>dans l\u2019espoir d\u2019une gr\u00e2ce ou d\u2019un au-del\u00e0 r\u00e9dempteur. Sans l\u2019horizon d\u2019un arri\u00e8re-monde, la mort, le mal et l\u2019angoisse deviennent l\u2019insupportable par excellence\u00a0: l\u2019<em>impossible<\/em>, dit Bataille. Il faut donc sonder l\u2019absence de Dieu jusqu\u2019\u00e0 l\u2019<em>impossible<\/em>, au risque m\u00eame de s\u2019y <em>enliser\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>Sans doute<\/em>, <em>j\u2019ai plus que Nietzsche inclin\u00e9 vers la nuit du non-savoir. Il ne s\u2019attarde pas dans ces mar\u00e9cages o\u00f9, comme enlis\u00e9, je passe le temps. Mais je n\u2019h\u00e9site plus\u00a0: Nietzsche m\u00eame serait incompris si l\u2019on n\u2019allait \u00e0 cette profondeur\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Tous les lieux o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le l\u2019absence de Dieu fonctionnent comme des mar\u00e9cages : l\u2019\u00e9rotisme, l\u2019abandon, le mal, jusqu\u2019aux bordels o\u00f9 Bataille exp\u00e9rimente une beaut\u00e9 coup\u00e9e de Dieu et d\u2019autant plus d\u00e9sirable que ne l\u2019irradie plus aucun sens transcendant. Ainsi Madame Edwarda, dont la beaut\u00e9 ne s\u2019alimente qu\u2019\u00e0 l\u2019animalit\u00e9 qu\u2019elle recouvre, se pr\u00e9sente-t-elle \u00e0 lui comme le Dieu mort en personne, comme l\u2019absence m\u00eame de Dieu<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Avec le <em>topos <\/em>du mar\u00e9cage, Bataille para\u00eet s\u2019aventurer plus loin dans l\u2019exp\u00e9rience que Nietzsche. L\u2019un s\u2019enlise, l\u2019autre non qui ne condescend pas, ou moins, aux eaux boueuses. Mais sans doute danse-t-il \u00e0 la place, et de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre il ne s\u2019agit en somme que d\u2019une m\u00eame exp\u00e9rience, Bataille ne d\u00e9sirant rien tant que r\u00e9p\u00e9ter l\u2019exp\u00e9rience nietzsch\u00e9enne ou, plus exactement, qu\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre Nietzsche\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Mais on bute ici sur un doute, peut-\u00eatre un soup\u00e7on, car comment soutenir que la mort, le mal, la solitude, l\u2019angoisse pourraient permettre d\u2019affirmer la vie\u00a0? Comment une telle noirceur aboutirait-elle au surhumain, \u00e0 une vie r\u00e9concili\u00e9e avec toutes ses dimensions, des besoins animaux \u00e0 l\u2019insoutenable souffrance\u00a0? N\u2019y doit-on pas plut\u00f4t voir l\u2019\u00e9panouissement d\u2019une volont\u00e9 de mort, exaltant, sous des dehors nietzsch\u00e9ens, le nihilisme contemporain\u00a0? C\u2019est qu\u2019il nous manque le soleil\u2026 C\u2019\u00e9tait tout le sens de la lanterne de l\u2019insens\u00e9\u00a0: Dieu mort, notre soleil se perd, occult\u00e9 par un cadavre. Mais Bataille ne croit pas cette \u00e9clipse d\u00e9finitive. Certes, Dieu nous donnait les <em>yeux <\/em>pour regarder le soleil en face, pour donner sens \u00e0 la mort, au chaos, au mal, \u00e0 la douleur\u00a0; et Dieu mort, ces yeux nous sont \u00f4t\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les yeux humains ne supportent ni le soleil, ni le co\u00eft, ni le cadavre, ni l\u2019obscurit\u00e9\u2026\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Les yeux fuient le soleil car incapables de regarder en face et sans l\u2019aide de Dieu l\u2019<em>impossible<\/em>, incapables d\u2019acquiescer \u00e0 ce qui est vil, angoissant et horrible <em>en tant <\/em>qu\u2019il est vil, angoissant et horrible\u00a0; incapables, en somme, d\u2019aimer la vie dans tous ses aspects jusqu\u2019\u00e0 lui dire (lui crier) <em>Oui<\/em>. On retrouve le platonisme invers\u00e9\u00a0: les yeux se prot\u00e8gent du soleil non par impuissance \u00e0 saisir une v\u00e9rit\u00e9 transcendante, situ\u00e9e <em>ailleurs qu\u2019ici-bas\u00a0<\/em>; ils s\u2019en prot\u00e8gent comme d\u2019un impossible<em> trop<\/em> <em>bas<\/em>. On n\u2019a jamais quitt\u00e9 Nietzsche, et Bataille n\u2019exhorte \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 aimer la vie, f\u00fbt-ce dans un cri (\u00ab\u00a0<em>je t\u2019aime comme on r\u00e2le<\/em>\u00a0\u00bb, dit un po\u00e8me<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>).<\/p>\n<p>On ne l\u2019a pas quitt\u00e9, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il faut s\u2019enfoncer plus avant dans l\u2019exp\u00e9rience, et regarder le soleil jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en br\u00fbler les yeux, jusqu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0la nuit du non-savoir\u00a0\u00bb. Contre les philosophes qui ram\u00e8nent tout l\u2019inconnu au (bien) connu, Bataille cherche \u00e0 atteindre l\u2019<em>inconnu<\/em> en tant que tel. Car les mar\u00e9cages et le soleil ne sont que des lieux de passage, comme des portes d\u2019entr\u00e9e \u00e0 un site d\u00e9finissant le sommet de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0: le d\u00e9sert. C\u2019est lui qu\u2019il faut extraire de toute connotation nihiliste et asc\u00e9tique pour le substituer, avec beaucoup de douceur, \u00e0 l\u2019oc\u00e9an nietzsch\u00e9en : \u00ab\u00a0<em>Le commandement si simple\u00a0: \u201cSois cet oc\u00e9an\u201d, li\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, fait en m\u00eame temps d\u2019un homme une multitude, un d\u00e9sert. C\u2019est une expression qui r\u00e9sume et pr\u00e9cise le sens d\u2019une communaut\u00e9. Je sais r\u00e9pondre au d\u00e9sir de Nietzsche parlant d\u2019une communaut\u00e9 n\u2019ayant d\u2019objet que l\u2019exp\u00e9rience (mais d\u00e9signant une communaut\u00e9, je parle de \u201cd\u00e9sert\u201d) <\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Sans doute l\u2019assentiment \u00e0 l\u2019existence d\u00e9verse-t-il par torrents une puissance vitale, profond\u00e9ment affirmative, dans l\u2019homme lui-m\u00eame devenu oc\u00e9an. Mais cet oc\u00e9an ne va pas au bout du d\u00e9sir de communaut\u00e9 dont Bataille d\u00e9c\u00e8le la pr\u00e9sence chez Nietzsche, et qu\u2019il se propose d\u2019assouvir\u00a0: au sommet de l\u2019exp\u00e9rience doit se trouver l\u2019inconnu, et dans une telle \u00ab\u00a0nuit du non-savoir\u00a0\u00bb, c\u2019est l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019\u00e9tablir une communion ou un partage qui soude les hommes d\u2019un lien ind\u00e9fectible. \u00ab\u00a0<em>L\u2019impossible communion de deux ou de plusieurs hommes, <\/em>\u00e9crit Michel Surya,<em> par paradoxe, est la seule qui leur soit communicable<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Bataille n\u2019attend pas seulement de l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019elle permette <em>en effet <\/em>cette r\u00e9conciliation nietzsch\u00e9enne avec la vie\u00a0; encore faut-il qu\u2019elle aboutisse \u00e0 une communaut\u00e9 qui puisse, au milieu du d\u00e9sert d\u2019un \u00ab\u00a0non-savoir\u00a0\u00bb, faire de chaque homme une \u00ab\u00a0multitude\u00a0\u00bb. L\u2019oc\u00e9an manque en partie la communaut\u00e9. Sa figure \u00e9choue \u00e0 penser le lien de d\u00e9nuement qui unit les hommes en leur permettant une authentique communication. Elle \u00e9choue peut-\u00eatre aussi, et c\u2019est l\u00e0 un point d\u00e9licat, \u00e0 sortir tout \u00e0 fait de l\u2019id\u00e9alisme en situant le <em>sur<\/em>homme \u00e0 la travers\u00e9e de continents et de mers<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, l\u2019inconnu se situe <em>au sommet <\/em>d\u2019une d\u00e9pense, d\u2019une perte, et donc <em>\u00e0 l\u2019ab\u00eeme<\/em> d\u2019une descente angoiss\u00e9e dans le fond des mar\u00e9cages. Jusqu\u2019\u00e0 la nuit d\u00e9serte d\u2019une multitude.<\/p>\n<p>Avec le <em>topos <\/em>du d\u00e9sert, on quitte joyeusement la r\u00e9pl\u00e9tion pour l\u2019errance : au milieu du sable, nul \u00ab\u00a0oc\u00e9an du beau\u00a0\u00bb (Platon), nul au-del\u00e0 o\u00f9 s\u2019abreuver d\u2019espoirs, nul royaume promis \u00e0 ceux qui ont \u00ab\u00a0soif de justice\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Rien de tel non plus qu\u2019une \u00ab\u00a0fin\u00a0\u00bb de l\u2019histoire vers o\u00f9 fuirait le temps pr\u00e9sent. Radicalement inachev\u00e9, le monde de Bataille n\u2019accepte qu\u2019une \u00ab\u00a0n\u00e9gativit\u00e9 sans emploi\u00a0\u00bb, et le temps, fendu, bless\u00e9, s\u2019ouvre sur l\u2019inconnu comme les \u00ab\u00a0guenilles\u00a0\u00bb d\u2019Edwarda sur le Dieu mort : \u00ab\u00a0<em>J\u2019imagine que ma vie \u2013 ou son avortement, mieux encore, la blessure ouverte qu\u2019est ma vie \u2013 \u00e0 elle seule constitue la r\u00e9futation du syst\u00e8me ferm\u00e9 de Hegel\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. A l\u2019encontre des philosophies marqu\u00e9es par le d\u00e9sir d\u2019enclore l\u2019histoire dans une figure achev\u00e9e, il faut renoncer \u00e0 \u00eatre tout, accepter l\u2019inach\u00e8vement du temps, sa course impr\u00e9vue, d\u00e9nu\u00e9e de terme ou de but, arbitraire parfois, et consentir dans le m\u00eame mouvement \u00e0 l\u2019inach\u00e8vement de sa propre existence, celle-l\u00e0 contingente, suspendue \u00e0 une <em>chance. <\/em>Mais \u00ab\u00a0ne plus se vouloir tout\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a> n\u2019implique aucune r\u00e9signation ni tristesse ; bien plut\u00f4t l\u2019amour, tragique et non sinistre, du pr\u00e9sent dans ce qu\u2019il comporte d\u2019incertitudes et d\u2019\u00e9garements, dans sa dimension de <em>chance<\/em> ou, aimerait-on dire, dans son aspect d\u00e9sertique, erratique. Aimer le pr\u00e9sent qui ne m\u00e8ne nulle part, voil\u00e0 peut-\u00eatre le mot d\u2019ordre d\u2019une volont\u00e9 \u00e9lev\u00e9e au d\u00e9sert, ou mieux, d\u2019une \u00ab\u00a0volont\u00e9 de chance\u00a0\u00bb, comme Bataille nomme celle de Nietzsche. Parce qu\u2019\u00e0 s\u2019inscrire dans le sillage (le raz-de-mar\u00e9e) de ce dernier, on s\u2019\u00e9gare pour retomber sur l\u2019\u00e9ternel retour au fond d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sertique, erratique : \u00ab\u00a0<em>La morale menait jusque-l\u00e0 d\u2019un point \u00e0 un autre, \u00e9tait une morale de l\u2019action, donnait le parcours et le but. La morale de Nietzsche a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre un <\/em>ITIN\u00c9RAIRE<em>. Elle invite \u00e0 la <\/em>DANSE<em> (\u2026 et la danse ne va nulle part)\u2026 Mais l\u2019essentiel est en ceci\u00a0: l\u2019on n\u2019a plus rien <\/em>\u00c0 FAIRE<em>, plus d\u2019issue, plus de but, plus de sens\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Plus d\u2019issue, plus de but, plus de sens, autant de marques, en d\u00e9pit de la grammaire, d\u2019une volont\u00e9 affirmative qui ch\u00e9rit l\u2019instant\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019aime l\u2019ignorance touchant l\u2019avenir\u00a0<\/em>\u00bb, cette phrase du <em>Gai savoir <\/em>dont Bataille s\u00e8me ses textes donne le privil\u00e8ge \u00e0 l\u2019instant\u00a0; elle exhorte \u00e0 un pr\u00e9sent d\u00e9livr\u00e9 de tout but comme de tout projet, \u00e0 un homme non plus total mais \u00ab\u00a0entier\u00a0\u00bb, celui-l\u00e0 m\u00eame dont nous \u00e9tions partis, celui de l\u2019\u00e9ternel retour\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le retour <\/em>immotive <em>l\u2019instant, lib\u00e8re la vie de fin et par l\u00e0 d\u2019abord il la ruine. Le retour est le mode dramatique et le masque de l\u2019homme entier\u00a0: c\u2019est le d\u00e9sert d\u2019un homme dont chaque instant d\u00e9sormais se trouve immotiv\u00e9\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a><em>. <\/em>C\u2019est cet homme entier, joyeusement d\u00e9sertique, qui habite les mers vides des dieux sans tristesse ni regrets.<\/p>\n<p>Entre Nietzsche et Bataille, il n\u2019est donc peut-\u00eatre pas tant question d\u2019un lien th\u00e9orique d\u2019\u00ab\u00a0inspiration\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0ressemblance\u00a0\u00bb, que d\u2019une v\u00e9ritable <em>communaut\u00e9. <\/em>C\u2019est le d\u00e9sir du premier que d\u2019aller que bout du d\u00e9sir du second : par un consentement \u00e0 l\u2019<em>impossible <\/em>dont Dieu voilait l\u2019effrayant\u00a0; par l\u2019\u00e9rotisme comme \u00ab\u00a0approbation de la vie jusque dans la mort\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a> o\u00f9, transgressant l\u2019interdit de la chair, l\u2019homme se r\u00e9concilie avec l\u2019animalit\u00e9\u00a0; par, en d\u00e9finitive, l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une <em>souverainet\u00e9<\/em> quand, d\u00e9pensant \u00e0 perte et se ressaisissant du pr\u00e9sent, l\u2019homme se lib\u00e8re des cha\u00eenes du projet, du temps, du rendement et de l\u2019utile o\u00f9 l\u2019enferraient le christianisme et le capitalisme.<\/p>\n<p>C\u2019est dire que leur diff\u00e9rence se loge dans un \u00e9cart <em>topographique <\/em>plut\u00f4t que th\u00e9orique. Nietzsche\u00a0: une pens\u00e9e oc\u00e9anique qui, en s\u2019augmentant des remous qui l\u2019agitent, consent dans un d\u00e9bordement de vie \u00e0 l\u2019\u00e9ternel retour du ressac. Bataille\u00a0: une pens\u00e9e aride, soud\u00e9e \u00e0 d\u2019autres par la mort, esseul\u00e9e au milieu du d\u00e9sert (soud\u00e9e parce qu\u2019esseul\u00e9e), et se tournant, dans une violente extase, vers le soleil br\u00fblant d\u2019un impossible auquel elle acquiesce dans un r\u00e2le.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n<p style=\"text-align: center;\">___<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> F. Nietzsche, <em>Le Gai savoir<\/em>, trad. fr. P.\u00a0Klossowski, Paris, Gallimard, 1989, \u00a7 125.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Le concept n\u2019est autre que le r\u00e9sidu d\u2019une m\u00e9taphore, et [\u2026] l\u2019illusion de la transposition artistique d\u2019une excitation nerveuse dans une image, si elle n\u2019est pas la m\u00e8re, est pourtant la grand-m\u00e8re de tout concept\u00a0\u00bb (F. Nietzsche, <em>Le Livre du philosophe<\/em>, trad. fr. A.K. Marietti, Paris, Aubier Flammarion, 1969, p. 179).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> F. Nietzsche, <em>La G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em>, III, \u00a7 14, trad. fr. P. Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 217.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Dans la science notamment (<em>ibid.<\/em>, III, \u00a7 24 et 25).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> F. Nietzsche, <em>Fragments posthumes<\/em>, 9 [60], 366.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> F. Nietzsche, <em>Le Gai savoir<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, \u00a7 343.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> F. Nietzsche, <em>La Volont\u00e9 de puissance<\/em>, t. II, trad. fr. G. Bianquis, Paris, Gallimard, 1995, p. 385.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00ab\u00a0Il s\u2019agit de devenir, par-del\u00e0 la peur et la piti\u00e9, l\u2019\u00e9ternelle joie du devenir lui-m\u00eame, cette joie qui comporte la joie de l\u2019an\u00e9antissement\u00a0\u00bb (F. Nietzsche, <em>Ecce Homo<\/em>, sur <em>Naissance de la trag\u00e9die<\/em>, \u00a7\u00a03), cit\u00e9 par Francis Guibal, qui commente ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0La joie affirmative n\u2019a rien de fade, elle est radicalement <em>tragique <\/em>: elle s\u2019\u00e9l\u00e8ve du fond des pires conditions, du fond de la douleur et de la souffrance ; et elle dit un oui inconditionnel au terrifiant et \u00e0 l\u2019effrayant, au d\u00e9clin et \u00e0 la mort\u00a0\u00bb (F.\u00a0Guibal, \u00ab\u00a0F. Nietzsche ou le d\u00e9sir du oui cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue Philosophique de Louvain<\/em>, vol. 82, n\u00b0\u00a053, 1984, p. 65).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0M.\u00a0Chapsal, \u00ab\u00a0Entretien avec Georges Bataille\u00a0\u00bb (f\u00e9vrier 1961), dans <em>Les \u00e9crivains en personne<\/em>, Paris, U.G.E., 1973, p.\u00a030.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> F. Nietzsche, <em>Consid\u00e9rations inactuelles<\/em>, II \u2013 \u00ab\u00a0Schopenhauer \u00e9ducateur\u00a0\u00bb, trad. fr. P. Rusch, Paris, Gallimard, 1990, p. 45.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> G. Bataille, <em>L\u2019Exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em> (1943), Paris, Gallimard, 1954, p. 39.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Cf. <\/em>G. Bataille, \u00ab\u00a0Madame Edwarda\u00a0\u00bb, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Gallimard, 1970-1988, t. III, p.\u00a09-31. Et sur la beaut\u00e9 \u00ab\u00a0dont l\u2019ach\u00e8vement rejette l\u2019animalit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>cf. <\/em>G. Bataille,<em> L\u2019\u00c9rotisme<\/em>, Paris, Minuit, 1957, p. 160.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0L\u2019\u201cexp\u00e9rience de Nietzsche\u201d qu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9p\u00e9ter est pr\u00e9cis\u00e9ment celle qui conduit Nietzsche \u00e0 s\u2019absenter de lui-m\u00eame. Il ne saurait donc \u00eatre question, pour Bataille, de parler <em>de <\/em>Nietzsche mais d\u2019\u201c\u00eatre Nietzsche\u201d\u00a0; s\u2019interroger, d\u00e8s lors, comme on l\u2019a souvent fait, sur la fid\u00e9lit\u00e9 doctrinale de Bataille \u00e0 Nietzsche pourrait tout bonnement n\u2019avoir aucun sens\u00a0\u00bb (F. Warin, <em>Nietzsche et Bataille. La parodie \u00e0 l\u2019infini<\/em>, Paris, P.U.F., 1994, p. 16).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> G. Bataille, \u00ab\u00a0L\u2019anus solaire\u00a0\u00bb, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, t. I, p. 85.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> G. Bataille, <em>L\u2019Exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 184.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 40. Pour une description similaire du d\u00e9sert, <em>cf. <\/em>p. 151.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> M. Surya, <em>Georges Bataille, la mort \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/em>, Paris, Gallimard, 1992, p. 384.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> C\u2019est du moins l\u2019avis de Bataille lors de sa pol\u00e9mique avec Breton, qui d\u00e9nonce \u00ab\u00a0dans le th\u00e8me du \u201csurhomme\u201d comme dans le concept de \u201csurr\u00e9alisme\u201d une \u201c\u00e9chappatoire icarienne\u201d\u00a0\u00bb (F. Warin, <em>Nietzsche et Bataille<\/em>,<em> op. cit.<\/em>, p. 5). <em>Cf. <\/em>aussi M. Surya, <em>Georges Bataille, la mort \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0177. Et pour une nuance de ce propos de Bataille, <em>cf<\/em>. encore F. Warin, <em>Nietzsche et Bataille<\/em>,<em> op. cit.<\/em>, p. 44.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> \u00ab\u00a0Pour donner la distance de l\u2019homme actuel au \u201cd\u00e9sert\u201d, de l\u2019homme aux mille niaiseries cacophoniques\u2026 je dirai du \u201cd\u00e9sert\u201d qu\u2019il est le plus entier abandon des soucis de l\u2019\u201chomme actuel\u201d, \u00e9tant la suite de l\u2019\u00a0\u201chomme ancien\u201d, que r\u00e9glait l\u2019ordonnance des f\u00eates. Il n\u2019est pas un retour au pass\u00e9\u00a0: il a subi la pourriture de l\u2019\u201chomme actuel\u201d et rien n\u2019a plus de place en lui que les ravages qu\u2019elle laisse \u2013 ils donnent au \u201cd\u00e9sert\u201d sa v\u00e9rit\u00e9 \u201cd\u00e9sertique\u201d, derri\u00e8re lui s\u2019\u00e9tendent comme des champs de cendres le souvenir de Platon, du christianisme et surtout, c\u2019est le plus affreux, des id\u00e9es modernes\u2026\u00a0\u00bb (G.\u00a0Bataille, <em>L\u2019Exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 40-41).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> G. Bataille, <em>Le Coupable<\/em> (1944), Paris, Gallimard, 1961, p. 186. Cela ne signifie cependant pas que Bataille r\u00e9cuse dans son entier le syst\u00e8me de Hegel. Dans la lettre cit\u00e9e \u00e0 Alexandre Koj\u00e8ve, il acquiesce \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019histoire est finie\u00a0; simplement, il ajoute au syst\u00e8me h\u00e9g\u00e9lien une nouvelle figure, celle de l\u2019inach\u00e8vement. Mais cet ajout le contredit en partie\u00a0: apr\u00e8s la fin de l\u2019histoire, il n\u2019y a \u00ab\u00a0plus rien \u00e0 faire\u00a0\u00bb, et si Hegel a \u00ab\u00a0pr\u00e9vu cette possibilit\u00e9\u00a0\u00bb, il ne l\u2019a pas \u00ab\u00a0situ\u00e9e <em>\u00e0 l\u2019issue <\/em>des processus qu\u2019il a d\u00e9crits\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p. 186).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> G. Bataille, <em>L\u2019Exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Cf. <\/em>G. Bataille, \u00ab\u00a0Memorandum\u00a0\u00bb, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, t. VI, p. 219.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> G. Bataille, \u00ab\u00a0Sur Nietzsche\u00a0: Volont\u00e9 de chance\u00a0\u00bb, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, t. VI, p. 23.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> G. Bataille, <em>L\u2019\u00c9rotisme<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 17.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nietzsche, Bataille\u00a0: de l\u2019oc\u00e9an au d\u00e9sert by Martin Baudroux &nbsp; Sois cet oc\u00e9an. Nietzsche &nbsp; Qui suis-je pas \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb non non mais le d\u00e9sert la nuit l\u2019immensit\u00e9\u2026 Bataille &nbsp; C\u2019est sur une place publique, une lanterne \u00e0 la main en&hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/martin-baudroux-nietzsche-bataille-de-locean-au-desert\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1874,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[52430],"tags":[],"class_list":["post-1615","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-paris-extra"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1874"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1615"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1615\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}