{"id":1446,"date":"2017-03-23T15:40:46","date_gmt":"2017-03-23T19:40:46","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/?p=1446"},"modified":"2017-03-25T10:47:23","modified_gmt":"2017-03-25T14:47:23","slug":"danielle-cohen-levinas-danser-avec-la-plume-derrida-dissemine-nietzsche-quelques-propositions-et-contre-propositions-de-lecture-deperons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/danielle-cohen-levinas-danser-avec-la-plume-derrida-dissemine-nietzsche-quelques-propositions-et-contre-propositions-de-lecture-deperons\/","title":{"rendered":"Danielle Cohen-Levinas | Danser avec la plume : Derrida diss\u00e9mine Nietzsche"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Danser avec la plume\u00a0: Derrida diss\u00e9mine Nietzsche<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Quelques propositions et contre-propositions de lecture d\u2019<em>Eperons<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>By Danielle Cohen-Levinas<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Commen\u00e7ons par la fin\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai oubli\u00e9 mon parapluie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Demandons-nous pourquoi Derrida dans Eperons, les styles de Nietzsche, il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce que d\u2019aucuns estiment \u00eatre une citation de Nietzsche sans grande importance. Parmi les questions ouvertes par Derrida, celle-ci n\u2019est pas la moindre, non pas parce que son \u00e9nonc\u00e9 semble \u00e9loign\u00e9 de toute consid\u00e9ration philosophique, mais parce que pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9nonc\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 en soi une figure de renversement stylistique des concepts en vigueur dans la m\u00e9taphysique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>J\u2019ai oubli\u00e9 mon parapluie\u00a0\u00bb\u00a0: privil\u00e8ge exorbitant du philosophe qui aura destitu\u00e9 le platonisme de ses id\u00e9alit\u00e9s inaccessibles, il n\u2019est pas inutile de s\u2019interroger quant \u00e0 la place que Derrida r\u00e9serve, philosophiquement, \u00e0 ce parapluie.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re remarque\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019utilit\u00e9 objective du parapluie ne varie pas d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre. Derrida comme Nietzsche se serve d\u2019un parapluie pour se prot\u00e9ger de la pluie. Usage \u00e9l\u00e9mentaire du parapluie\u00a0: le mot traduit le l\u2019usage auquel il correspond. Aucune vocation secr\u00e8te ne vient subsumer ce rappel. Cependant, le langage de Nietzsche pass\u00e9 aux cribles de l\u2019\u00e9criture derridienne est crypt\u00e9. Derrida entend ouvrir le sens \u00e9l\u00e9mentaire du mot parapluie \u00e0 une signification manquante \u00e0 la phrase, \u00ab\u00a0J\u2019ai oubli\u00e9 mon parapluie\u00a0\u00bb. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019un s\u00e9mant\u00e8me na\u00eff. Ce manque est ce qui permet d\u2019ouvrir la crypte et de courir le risque d\u2019entendre la langue tout autrement. Les greffes s\u00e9mantiques sont nombreuses et Derrida ne se prive pas de multiplier les ambigu\u00eft\u00e9s. Entre style et d\u00e9construction, il y a bien plus qu\u2019une entente tacite. Il y a ce que l\u2019on pourrait appeler un idiome philosophique renaissant de la langue elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je formule l\u2019hypoth\u00e8se, extravagante certes, que l\u2019auteur de la <em>Grammatologie<\/em> use de l\u2019\u00e9nergie aphoristique de la langue de Nietzsche pour montrer comment, dans le prolongement du \u00ab\u00a0philosopher avec un marteau\u00a0\u00bb, on peut d\u00e9sormais \u00ab\u00a0philosopher avec un parapluie\u00a0\u00bb. C\u2019est dire jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019inscription de Nietzsche dans la d\u00e9construction est essentielle, autant que l\u2019inscription de Nietzsche dans la m\u00e9taphysique. La langue, m\u00e9taphore du parapluie, est ce qui prot\u00e8ge des intemp\u00e9ries du concept. Au-del\u00e0 de la destruction heidegg\u00e9rienne de la m\u00e9taphysique, il y a Nietzsche, que Derrida va soumettre au jeu impitoyable d\u2019une langue qui d\u00e9place la question de l\u2019\u00eatre et de l\u2019essence en un lieu o\u00f9 la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce \u00e9chappe au principe d\u2019identit\u00e9. Un motif privil\u00e9gi\u00e9 scande cette exceptionnelle m\u00e9ditation : la femme.\u00a0 Un th\u00e8me donc, la femme, est ici objet de plusieurs variations : qu\u2019est-ce que la femme\u00a0? Voil\u00e0 bien une question qui, pour Derrida, ne se laisse ni d\u00e9chiffrer, ni r\u00e9duire, ni enfermer\u00a0? Mais alors, si comme nous l\u2019a appris, la seule d\u00e9finition possible de la diff\u00e9rance est de nature tautologique, la femme d\u00e9signe un \u00e9cart irr\u00e9conciliable avec la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce elle-m\u00eame. Ecoutons Derrida et rappelons la mani\u00e8re dont dans <em>Eperons <\/em>il met en sc\u00e8ne la figure de la femme dans ses rapports avec la v\u00e9rit\u00e9 et avec le style, en dialoguant quasi simultan\u00e9ment avec Nietzsche et avec Heidegger. Je cite dans la continuit\u00e9 trois passages significatifs dans lesquels, sans prononcer le nom de la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce, Derrida montre comment celle-ci se traduit de mani\u00e8re crypt\u00e9e dans l\u2019\u00e9cart que le motif de la femme impose au discours philosophique. Ni v\u00e9rit\u00e9 ni pouvoir, la femme devient ici le paradigme de l\u2019espacement propre \u00e0 la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0La s\u00e9duction de la femme op\u00e8re \u00e0 distance, la distance est l\u2019\u00e9l\u00e9ment de son pouvoir. Mais de ce chant, de ce charme il faut se tenir \u00e0 distance, il faut se tenir \u00e0 distance de la distance, non seulement, comme on pourrait croire, pour se garder contre cette fascination, mais aussi bien pour l\u2019\u00e9prouver (\u2026).\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Peut-\u00eatre la femme est-elle, comme non-identit\u00e9, non-figure, simulacre, l\u2019<em>ab\u00eeme<\/em> de la distance, le distancement de la distance, la coupe de l\u2019espacement, la distance <em>elle-m\u00eame<\/em> si l\u2019on pouvait dire, ce qui est impossible, la distance elle-m\u00eame. La distance se distance, le loin s\u2019\u00e9loigne (\u2026).\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019essence de la femme parce que la femme s\u2019\u00e9carte et s\u2019\u00e9carte d\u2019elle-m\u00eame. Elle engloutit, envoile par le fond, sans fin, sans fond, toute essentialit\u00e9, toute identit\u00e9, toute propri\u00e9t\u00e9. Ici aveugl\u00e9 le discours philosophique sombre \u2013 se laisse pr\u00e9cipiter \u00e0 sa perte. Il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 de la femme, mais c\u2019est parce que cet \u00e9cart abyssal de la v\u00e9rit\u00e9, cette non-v\u00e9rit\u00e9 est la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Femme est un nom de cette non-v\u00e9rit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me remarque\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Que le mot \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb soit le nom d\u2019une non-v\u00e9rit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, cela implique de facto un retournement de l\u2019intentionnalit\u00e9 husserlienne dont Derrida est familier. Si la v\u00e9rit\u00e9, sous entendue philosophique, est toujours, par n\u00e9cessit\u00e9 conceptuelle, rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019identique, \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et au m\u00eame, le figure de la femme, en tant que non-v\u00e9rit\u00e9 constitutive de la v\u00e9rit\u00e9 appara\u00eet d\u00e8s lors comme le renversement de cette n\u00e9cessit\u00e9 conceptuelle. Elle devient l\u2019affirmation d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 radicale. On peut noter au passage une source d\u2019inspiration importante pour Derrida concernant la question du f\u00e9minin. Derrida, grand lecteur d\u2019Emmanuel Levinas, s\u2019inscrit ici dans le sillage de <em>Totalit\u00e9 et Infini<\/em> (1961), dans lequel Levinas d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e que le f\u00e9minin est pr\u00e9cis\u00e9ment la figure m\u00eame de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale. Cette alt\u00e9rit\u00e9, qui s\u2019oppose en tout point \u00e0 la souverainet\u00e9 du principe d\u2019identit\u00e9, a le pouvoir \u2013 le d\u00e9sir \u2013 d\u2019interrompre l\u2019\u00e9conomie de l\u2019\u00eatre et par cons\u00e9quent la v\u00e9rit\u00e9 de la pr\u00e9sence. Sur ce point, Derrida s\u2019accorde et se cale sur Levinas, en d\u00e9pit de son remarquable commentaire \u00e0 la fois \u00e9logieux et critique sur <em>Totalit\u00e9 et Infini<\/em>, \u00ab\u00a0Violence et m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 1964<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. En tuant le \u00ab\u00a0p\u00e8re grec qui nous tient encore sous sa loi\u00a0\u00bb <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, c\u2019est \u00e0 dire Platon, Levinas, selon Derrida aurait non seulement commis un deuxi\u00e8me parricide \u2013 le premier \u00e9tant Parm\u00e9nide -, mais il aurait port\u00e9 \u00e0 son extr\u00eame limit\u00e9 l\u2019affirmation husserlienne non seulement de l\u2019autre, mais aussi de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019autre comme alter ego, comme si Levinas ne modifiait en rien, ou de mani\u00e8re uniquement feinte, le statut d\u2019une modification intentionnelle de l\u2019ego.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il me semble que les analyses sur le statut du f\u00e9minin dans <em>Eperons <\/em>sont fortement inspir\u00e9es de ce soup\u00e7on derridien \u00e0 l\u2019endroit de Levinas. La v\u00e9rit\u00e9 ne se laisse pas dissocier de la femme pour Derrida. Ni disssociation, ni enfermement. La dissociation conduirait \u00e0 une nouvelle forme de ce qu\u2019il nomme dans \u00ab\u00a0Violence et m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb une \u00ab\u00a0violence ontologique\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir, une violence de l\u2019\u00eatre <em>sur<\/em> l\u2019\u00e9tant. Une violence telle que la femme ne permettrait pas ce d\u00e9tour philosophique gr\u00e2ce auquel on parvient \u00e0 l\u2019autre nom du chemin, son autre comme non-v\u00e9rit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9. Je rappelle ici la mani\u00e8re critique dont Levinas d\u00e9finit dans <em>Totalit\u00e9 et<\/em> <em>Infini <\/em>la priorit\u00e9 de l\u2019\u00eatre <em>sur<\/em> l\u2019\u00e9tant dans l\u2019ontologie fondamentale\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Affirmer la priorit\u00e9 de l\u2019<em>\u00eatre<\/em> par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tant, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 se prononcer sur l\u2019essence de la philosophie, subordonner la relation avec <em>quelqu\u2019un<\/em> qui est un <em>\u00e9tant<\/em> (la relation \u00e9thique) \u00e0 une relation avec <em>l\u2019\u00eatre de l\u2019\u00e9tant<\/em> qui, impersonnel, permet la saisie, la domination sur l\u2019\u00e9tant (\u00e0 une relation de savoir), subordonne la justice \u00e0 la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous for\u00e7ons \u00e0 dessein l\u2019interpr\u00e9tation derridienne en vigueur dans <em>Eperons<\/em> pour dire que Derrida, dans son dialogue avec Heidegger, r\u00e9pond encore dans cet essai, indirectement \u00e0 Levinas. Si l\u2019\u00eatre n\u2019est rien en dehors de l\u2019\u00e9tant ou hors de lui, et si, comme le soutenait Derrida dans \u00ab\u00a0Violence et m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la pens\u00e9e de l\u2019\u00eatre n\u2019est pas violence \u00e9thique, mais aucune \u00e9thique \u2013 au sens de Levinas \u2013 ne semble pouvoir s\u2019ouvrir sans elle.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, alors nous pourrions en d\u00e9duire que le retour \u00e0 Nietzsche dans son rapport \u00e0 la langue et au style est une mani\u00e8re de faire varier la question de l\u2019\u00eatre, de l\u2019\u00e9tant et de l\u2019\u00eatre de l\u2019\u00e9tant comme un corps vivant, sexu\u00e9, qui suspend le rapport entre v\u00e9rit\u00e9 et non v\u00e9rit\u00e9, pr\u00e9sence et non pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Le renversement de l\u2019intentionnalit\u00e9 husserlienne est d\u00e8s lors pris dans l\u2019ellipse du renversement des valeurs nietzsch\u00e9ennes, et, du m\u00eame coup, les motifs attenants \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 &#8211; tels que pulsionnalit\u00e9, h\u00e9donisme, plaisir ou d\u00e9sir \u2013 ne peuvent plus \u00eatre objet d\u2019identification \u00e0 la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce. Chercher la femme, ou sa f\u00e9minit\u00e9, ou encore sa sexualit\u00e9 proprement f\u00e9minine au c\u0153ur d\u2019une langue qui pr\u00e9tend dire la v\u00e9rit\u00e9 devient une absurdit\u00e9. Question de suspension, d\u2019<em>\u00e9pok\u00e8<\/em> ph\u00e9nom\u00e9nologique, d\u2019interruption d\u2019un mode de pr\u00e9sence par un non pr\u00e9sence. Et Derrida peut alors \u00e9crire\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0D\u00e8s lors que la question de la femme suspend l\u2019opposition d\u00e9cidable du vrai et du non-vrai (\u2026), ce qui se d\u00e9cha\u00eene, c\u2019est la question du style comme question de l\u2019\u00e9criture, la question d\u2019une op\u00e9ration \u00e9peronnante plus puissante que tout contenu, toute th\u00e8se et tout sens.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Que doit-on d\u00e9duire de cette \u00ab\u00a0op\u00e9ration \u00e9peronnante\u00a0\u00bb qui donne le titre \u00e0 cet essai\u00a0? Tout que ce que nous pouvons qualifier de principe du f\u00e9minin est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la d\u00e9construction du vrai, de la v\u00e9rit\u00e9 et du sens. Ce principe, sans doute inspir\u00e9 de la lecture que Derrida a fait de Freud, prend son assise chez Nietzsche. L\u2019op\u00e9ration de Derrida est exemplaire, car loin d\u2019inclure sa lecture de Nietzsche dans l\u2019histoire de la m\u00e9taphysique, loin de la consid\u00e9rer dans une relation de co-appartenance avec une m\u00e9taphysique de la pr\u00e9sence \u2013 et donc de la v\u00e9rit\u00e9 -, il lui conf\u00e8re une puissance d\u00e9constructrice avant l\u2019heure, avant Derrida lui-m\u00eame donc, comme si Nietzsche faisait r\u00e9sonner la langue tout autrement, ne la reconduisant pas \u00e0 la question du propre et de l\u2019identit\u00e9. De qui est de quoi la femme est-elle alors le nom\u00a0? Elle est le nom d\u2019un ind\u00e9cidable, d\u2019un passage liminaire du pur \u00e0 l\u2019impur, du logos \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Le femme en tant qu\u2019elle st l\u2019\u00e9criture d\u2019un nom qui se refuse \u00e0 tout sens. Pour d\u00e9signer ce principe du f\u00e9minin, Derrida a recours au mot \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb. Pour y parvenir, il cherche chez Nietzsche des d\u00e9placements s\u00e9mantiques, des figures de langage qui ne soient pas des figures rh\u00e9toriques. Le style trahit une inqui\u00e9tude\u00a0: l\u2019inqui\u00e9tude des mots qui ne portent plus l\u2019histoire des concepts, mais qui les mets entre guillemets \u2013 ce que Derrida appelle \u00ab\u00a0l\u2019op\u00e9ration f\u00e9minine\u00a0\u00bb. Cette \u00ab\u00a0op\u00e9ration f\u00e9minine\u00a0\u00bb, que nous d\u00e9signons par le syntagme \u00ab\u00a0principe du f\u00e9minin\u00a0\u00bb, a pour but de susciter une distance, un \u00e9cart, une distance qui se distance de la v\u00e9rit\u00e9 vraie pour mettre \u00e0 nue l\u2019\u00e9criture. Le rire du philosophe que Nietzsche appelait de ses v\u0153ux peut d\u00e8s lors laisser se d\u00e9ployer ses \u00e9clats de voix, par-del\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et la non v\u00e9rit\u00e9. \u00a0Du rire, \u00e0 la femme, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la non-v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 l\u2019art, il n\u2019y a qu\u2019une s\u00e9rie de sauts que Nietzsche franchit d\u2019aphorismes en aphorismes. Derrida retourne sur elle-m\u00eame l\u2019image de la v\u00e9rit\u00e9-femme et en fait l\u2019image de la non-v\u00e9rit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 de la femme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me remarque\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e que le charme affect\u00e9 \u00e0 la femme serait un des effets de la distance et de l\u2019\u00e9cart. Consid\u00e9ration d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente chez Nietzsche, notamment dans le <em>Gai savoir<\/em>. Citons le \u00a7 60\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019enchantement et l\u2019effet le plus puissant des femmes, c\u2019est, pour parler le langage des philosophes, une <em>actio in distans\u00a0<\/em>: mais pour cela il faut tout d\u2019abord et avant tout \u2013 de la distance\u00a0!\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment s\u2019arr\u00eater devant une <em>actio in distans\u00a0<\/em>? Derrida esquisse plusieurs tableaux, plusieurs moments, plusieurs aphorismes pour dire, \u00e0 m\u00eame l\u2019\u00e9criture, ce qu\u2019est cet enchantement, ce charme, ce qu\u2019il appelle dans <em>Eperons<\/em> \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nigme de la non pr\u00e9sence de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Et comme pour mieux maintenir un contrepoint de pens\u00e9e avec Nietzsche, il postule une hypoth\u00e8se d\u2019une force inou\u00efe\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Les questions de l\u2019art, du style, de la v\u00e9rit\u00e9 ne se laissent donc pas dissocier de la question de la femme.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aligner comme le fait Derrida \u00ab\u00a0l\u2019art\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb en affirmant qu\u2019aucune de ces trois questions n\u2019est dissociable de la femme, c\u2019est une mani\u00e8re de convoquer \u00e0 nouveaux frais le style m\u00e9taphorique comme esth\u00e9tique du discours. La v\u00e9rit\u00e9-femme se cache dirait Nietzsche. Elle se d\u00e9place r\u00e9pond Derrida. Cachement et d\u00e9placement sont tout deux des figures d\u2019effacement. Question de pudeur autant que de charme et de d\u00e9sir. Penser la diff\u00e9rence sexuelle avec Derrida, c\u2019est donc avant tout semer un soup\u00e7on, un doute, amplifier l\u2019intrigue, la rendre indissociable du style. Le style, c\u2019est l\u2019intrigue, autrement dit, la femme. Le style n\u2019est pas le vrai. Il est peut-\u00eatre le \u00ab\u00a0masque\u00a0\u00bb au sens nietzsch\u00e9en du terme de la v\u00e9rit\u00e9, mais il n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est ce que Sarah Kofman appelle la \u00ab\u00a0pudeur f\u00e9minine\u00a0\u00bb. Je cite ce qu\u2019elle \u00e9crit dans \u00ab\u00a0Baub\u00f4. Perversion th\u00e9ologique et f\u00e9tichisme\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Respecter la pudeur f\u00e9minine, c\u2019est savoir s\u2019en tenir \u00e0 l\u2019apparence, s\u2019interroger \u00e0 l\u2019infini sur les \u00e9nigmes infinies de la nature-Sphinge, sans chercher, ne serait-ce que par prudence, \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9voiler\u00a0\u00bb la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La non dissociation est donc un principe de respect. Ne pas dissocier le corps sexu\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, sans chercher \u00e0 en d\u00e9voiler la v\u00e9rit\u00e9. Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb du philosophe est une femme, \u00e0 n\u2019en pas douter, du moins, il s\u2019accorde \u00e0 la nature comme le corps s\u2019accorde \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Sarah Kofman, interrogeant la misogynie de Nietzsche, pointe ce paradoxe en citant une phrase extraite d\u2019<em>Ecce Homo <\/em>de Nietzsche dans son exergue au texte \u00ab\u00a0Baub\u00f4. Perversion th\u00e9ologique et f\u00e9tichisme\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0En tant que mon p\u00e8re je suis d\u00e9j\u00e0 mort, en tant que ma m\u00e8re je vis encore et je deviens vieille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, que trouve-t-on dans <em>Eperons<\/em> de Derrida\u00a0? Une m\u00e9ditation qui croise au plus pr\u00e8s ce que dit Nietzsche et ce que dira ult\u00e9rieurement Sarah Kofman. Derrida parle de \u00ab\u00a0congruence\u00a0\u00bb pour signifier l\u2019\u00e9nigme de la femme. La congruence peut \u00eatre comprise comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de non dissociation qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et \u00e0 la coh\u00e9rence. L\u2019\u00e9criture ne dit pas la coh\u00e9rence, elle dit la justesse phallocentrique de l\u2019op\u00e9ration f\u00e9minine. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9nigme et le t\u00e2tonnement, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cart d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019enl\u00e8ve elle-m\u00eame\u00a0\u00bb (<em>Eperons<\/em>).<\/p>\n<p>Derrida n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pousser son commentaire jusque dans les retranchements de l\u2019\u00e9nigme de la femme. Du f\u00e9minin, on passe \u00e0 l\u2019id\u00e9e de f\u00e9minisme, lequel serait aussi une op\u00e9ration selon laquelle \u00ab\u00a0la femme veut ressembler \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire, au philosophe. Autrement dit, la femme revendique la v\u00e9rit\u00e9 et, le faisant, elle revendique la castration.\u00a0Non seulement la castration tout court, mais aussi la castration de la femme. Atteindre l\u2019objectivit\u00e9 philosophique, atteindre la v\u00e9rit\u00e9 est un leurre, une fiction, une illusion virile. Le sauvetage de la femme se fait par le truchement de ce qui se refuse \u00e0 la prise, \u00e0 la saisie objectale, et donc virile, de la v\u00e9rit\u00e9. Retour \u00e0 l\u2019\u00e9criture, au phras\u00e9, \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 de la pens\u00e9e qui se d\u00e9prend de tout f\u00e9tichisme. Pour finir, \u00e9coutons Derrida parler dans <em>Eperons<\/em> de cette \u00ab\u00a0op\u00e9ration f\u00e9minine\u00a0\u00bb qui nomme ce que le texte donne \u00e0 lire\u00a0: un ph\u00e9nom\u00e8ne de duplication, une inscription textuelle, un hors v\u00e9rit\u00e9, un presque hors texte. La f\u00e9minit\u00e9 de la femme, si tent\u00e9 qu\u2019elle existe, serait une op\u00e9ration diss\u00e9minante intraduisible\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce qui \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ne se laisse pas prendre est \u2013 f\u00e9minin, ce qu\u2019il ne faut pas s\u2019empresser de traduire par la f\u00e9minit\u00e9, la f\u00e9minit\u00e9 de la femme, la sexualit\u00e9 f\u00e9minine et autres f\u00e9tiches essentialisants qui sont justement ce qu\u2019on croit prendre quand on en reste \u00e0 la niaiserie du philosophe dogmatique, de l\u2019artiste impuissant ou du s\u00e9ducteur sans exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Cet \u00e9cart de la v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019enl\u00e8ve d\u2019elle-m\u00eame, qui se l\u00e8ve entre guillemets (machination, cri, vol et pinces d\u2019une grue), tout ce qui va contraindre dans l\u2019\u00e9criture de Nietzsche \u00e0 la mise entre guillemets de la v\u00e9rit\u00e9 \u2013 et par suite rigoureuse, inscrire en g\u00e9n\u00e9ral -, c\u2019est, ne disons m\u00eame pas le f\u00e9minin\u00a0: l\u2019op\u00e9ration f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Elle (s)\u2019\u00e9crit.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 elle que revient le style.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Epilogue\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est donc \u00e0 elle, \u00e0 l\u2019op\u00e9ration f\u00e9minine, que revient le style. Un style enlev\u00e9, qui efface les traces un peu trop insistantes de la v\u00e9rit\u00e9. Figure absolument n\u00e9cessaire selon Derrida, l\u2019op\u00e9ration f\u00e9minine serait-elle, en vertu de sa structure d\u2019effacement, une figure matricielle de danse n\u2019offrant aucune prise aux cat\u00e9gories de genre et d\u2019identit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>A la question pos\u00e9e par Derrida, que fait l\u2019op\u00e9ration f\u00e9minine\u00a0? Je ne r\u00e9pondrais plus comme Derrida\u00a0: \u00ab\u00a0elle s\u2019\u00e9crit\u00a0\u00bb. Je dirais, commentant Derrida lisant Nietzsche, je le dirais en riant, mais en riant tr\u00e8s s\u00e9rieusement\u00a0: elle danse avec la plume\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h2>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jacques Derrida, <em>Eperons, les styles de Nietzsche<\/em>, Paris, ed. Flammarion, coll. Champs-Essais, 2010, p. 103. La premi\u00e8re version de ce texte est une conf\u00e9rence donn\u00e9e par Derrida lors de la d\u00e9cade organis\u00e9e \u00e0 Cerisy-La-Salle en juillet 1972, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Nietzsche aujourd\u2019hui\u00a0?\u00a0\u00bb. Elle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1973 dans les actes du colloque, dans la collection 10\/18 (ed. Christian Bourgois).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Eperons<\/em>, p. 37 (coll. 10\/18)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibidem<\/em>, p. 38.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 39.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Ce texte fut publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1964 dans la revue <em>Tel quel<\/em>. Il fut ensuite repris dans <em>L\u2019Ecriture et la Diff\u00e9rence<\/em> en 1967 aux \u00e9ditions du Seuil.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>L\u2019Ecriture et la Diff\u00e9rence<\/em>, p. 133.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Emmanuel Levinas, <em>Totalit\u00e9 et Infini<\/em>, La Haye, ed. Martinus Nijhoff, 1961, pp. 15-16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>L\u2019Ecriture et la Diff\u00e9rence<\/em>, pp. 200-203.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Eperons<\/em>, p. 57.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Le Gai savoir<\/em>, \u00a7 60. KS A3, p. 424.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Eperons<\/em>, p. 72.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibidem,<\/em> p. 57.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Sarah Kofman, <em>Nietzsche et la sc\u00e8ne philosophique<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 1979, p. 252.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Eperons<\/em>, pp. 43-44.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Danser avec la plume\u00a0: Derrida diss\u00e9mine Nietzsche Quelques propositions et contre-propositions de lecture d\u2019Eperons By Danielle Cohen-Levinas Commen\u00e7ons par la fin\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai oubli\u00e9 mon parapluie\u00a0\u00bb[1]. Demandons-nous pourquoi Derrida dans Eperons, les styles de Nietzsche, il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce que&hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/danielle-cohen-levinas-danser-avec-la-plume-derrida-dissemine-nietzsche-quelques-propositions-et-contre-propositions-de-lecture-deperons\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1872,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[38976],"tags":[],"class_list":["post-1446","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-posts-11-13"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1446","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1872"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1446"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1446\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1446"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1446"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.law.columbia.edu\/nietzsche1313\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1446"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}